Full text: 4(1922), juin-juillet = Nr. 27 (27)

GENEVIÈVE PRAT 
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l’avions mesurée!) mais pesant le poids de la santé absolue sur les 
bascules du Métro. Traversée, sans qu’elle leur offrît la moindre résis 
tance, par les gros atomes qui déterminaient les actes de ses contemporains, 
nationalité, coutumes, snobismes, mais barrage absolu pour les impondé 
rables. Incapable de pressentir aucun événement, et épousant un Autri 
chien, le 29 juillet 1914, comme elle n’aurait pas manqué d’épouser un 
Anglais la veille du supplice de Jeanne d’Arc, mais prévoyant tout ce 
qui ne dépend que des éléments et de l’âme, annonçant les sécheresses, 
les inondations (le contraire, en somme, de Venizelos, qui donnait en 
août 1914 la date où le Guatemala entrerait dans la guerre), mais à la 
vue d’une marchande des quatre-saisons, d’une concierge, devinant avec 
ses regards X ce que cette apparence vulgaire avait accompli dans la 
vie de généreux, en sauvetage ou en suicide, et le lui faisant avouer par 
des brusqueries et des menaces, comme à celui qui vous a avalé un louis. 
N’ayant au monde qu’un désir : ne pas habiter seule, et, puisque 
les gens avec qui l’on habite de naissance manquaient autour d’elle, 
puisqu’elle n’avait père, mère, frère ni sœur, elle avait donc dû habiter 
près de ceux avec qui on habite de fait ou de hasard, les peintres russes, 
les banquiers ou les actrices des Français. S’en libérant d’ailleurs aussitôt, 
dès qu’on lui avait signalé l’existence de quelque cousine en province... 
— Adieu, Emilio! Adieu, Sornov, je vais habiter onze jours avec 
une cousine à Pont-sur-Yonne! 
A cause de sa fragilité, on la disait frivole; on disait qu’elle aimait 
les tigres, qu’elle aimait les bruns. Calomnie! Moi-même, j’avais habité 
avec elle près de Montereau, à Saint-Morin, à l’hôtel Renaud, 
à l’enseigne : « Au bon vin, pas d’enseigne», où elle travaillait seule 
à sa sculpture, car elle différait des autres sculpteurs, qui ne se précipitent 
que là où ils sont sûrs de trouver un contingent de leurs collègues, les 
sculpteurs s’attirant à la campagne comme les statues à la ville, et comme 
si le but suprême de la sculpture était de donner au monde les bustes
	        
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