Full text: 4(1922), février = Nr. 25 (25)

MOGANNI NAMEH 
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fois, tu te souviens que ton éducation a été toute chrétienne. Tu cherches 
une voie, une vérité, une morale ou... une femme assez complaisante... 
J’ai ton affaire : Schopenhauer. Mais ne me touche plus, cochon!... )) 
On but du thé. 
Les femmes s’en allèrent. Ils causaient. 
Ah! oui, ils causaient, c’est-à-dire ils parlaient bien de choses et 
autres, mais, derrière leurs dos, se démenaient deux petits êtres malingres 
et méchants, deux avortons, qui se faisaient des grimaces et grinçaient des 
dents. Les démons! Il les nomma tout de suite : ànnacoùlou, les mar 
quant de deux accents, afin de rendre leur originelle antipathie. 
La journée se passa ainsi. Parfois, il croyait bien encore 
entendre le bruit des roues ; parfois, aussi, la tête lui tournait bien encore 
un peu; mais ces ressentances du voyage étaient sans importance. Le 
principal fut qu’il n’eut plus d’hallucination de la journée. Il était trop 
sur ses gardes en face de l’autre. 
Sur les six heures du soir ils se séparèrent. Dieu merci, ils ne se 
reverraient que le dimanche suivant, et ainsi de suite, de dimanche en 
dimanche, plus tous les jours fériés. C’étaient les seuls jours de permis 
sion. Les ànnacoùlous se firent des figues et disparurent aussi. 
Sous prétexte de fatigue, il désira se coucher. On dressa un para 
vent dans le coin, près de la fenêtre, là, où le matin, traînait le corset- 
amphibie. Il n’y avait trace de lui à cette heure. Peut-être avait-il 
plongé dans le trou de souris, dans l’entablement de la fenêtre? 
Il resta longtemps immobile sous le drap, très calme, insouciant, 
presque heureux, pensant aux mœurs des Esquimaux et se remémorant 
des lectures de voyages dans les mers antarctiques. Il sourit à son désir 
d’enfant de vouloir découvrir le pôle Nord... 
Pourtant, il notait les mille bruits domestiques; le brouement des 
voix qui murmuraient doucement, le froissis régulier d’une page que 
quelqu’un tournait dans un livre, les heurts et les clapps des seaux à 
la cuisine, les tic-tac assourdis des horloges dans la boutique lointaine, le 
frottement des pieds, les crissements du plancher, le grignotement du
	        

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