Full text: 4(1922), février = Nr. 25 (25)

SVÉA 
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même, au besoin, de la vérité, pour les anéantir. Mais il me vexait que 
dans une lettre de rupture, Marthe ne me parle pas de suicide. Je l’accu 
sai de froideur. Je la trouvai indigne d’une explication. Car, moi, si 
malgré le drame d’apprendre une chose analogue sur Marthe, je n’aurais 
pas cru devoir penser au suicide, tout au moins le lui aurais-je dit par 
convenance. Trace indélébile de l’âge et du collège, je croyais certains 
mensonges commandés par le code passionnel. 
Une besogne neuve, dans mon apprentissage de l’amour, se présentait. 
M’innocenter vis-à-vis de Marthe et l’accuser d’avoir moins de con 
fiance en moi qu’en son propriétaire. Je lui expliquai combien habile 
était cette manoeuvre de la coterie Marin. En effet, Svéa était venue la 
voir un jour où j’écrivais chez elle, et si j’avais ouvert, c’est parce que, 
ayant aperçu la jeune fille par la fenêtre, et sachant qu’on l’éloignait 
de nous, je ne voulais pas lui laisser croire que Marthe lui tenait rigueur 
de cette pénible séparation. Sans doute, venait-elle en cachette, et au 
prix de quelles difficultés... Ainsi pouvais-je annoncer à Marthe que le 
cœur de Svéa lui demeurait intact. Et je terminais en exprimant le 
réconfort d’avoir pu parler de Marthe, chez elle, avec sa plus intime 
compagne. 
Cette alerte me fit maudire l’amour qui nous force à rendre compte 
de nos actes, alors que j’eusse tant aimé n’en jamais rendre compte, à 
moi pas plus qu’à quiconque. Il faut pourtant, me disais-je, que l’amour 
offre de grands avantages puisque tous les hommes remettent leur liberté 
entre ses mains. Je souhaitais d’être vite assez fort pour me passer 
d’amour, et, ainsi, n’avoir à sacrifier aucun de mes désirs. J’ignorais que 
servitude pour servitude, il vaut encore mieux être asservi par son cœur 
que l’esclave de ses sens. 
Comme l’abeille butine et enrichit la ruche, de tous ses désirs qui 
le prennent dans la rue, un amoureux enrichit son amour. Il les résume 
sur sa maîtresse. Je n’avais pas encore découvert cette discipline qui 
donne aux natures infidèles la fidélité. Qu’un homme convoite une fille 
et reporte cette chaleur sur la femme qu’il aime, son désir plus vif parce
	        

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