Full text: 4(1922), février = Nr. 25 (25)

DEUX POST-SCRIPTUM 
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périlleux. Chaque phrase écrite ou dite, le moindre de mes actes 
représentent un point de gagné sur la chute, car le vide pompe de 
toutes ses forces. 
Rien de plus incompréhensible pour le spectateur ne voyant 
ni vide ni corde que ma gesticulation. Ajouterai-je : l’ombrelle que 
je bouge autour de moi. 
Cette pantomime du milieu de la course (alias : du milieu 
de mon âge) nécessite des gestes moins larges et des arrêts à cause 
du ballant plus fort de la corde. Gestes et arrêts abusent même 
Epstein lorsque son œil me cinématographie d’un bout à l’autre. Il 
se trompe sur les mobiles de ma prudence. Alors que je m’efforce 
vers le but; il croit que je l’évite. 
Je ne demande pas à Æ. Paul Souday d’avoir les appareils 
d’un Epstein. Son objectif enregistre de temps en temps une image 
de moi floue et sautillante. 
Si Epstein découvre la corde où il voyait la terre ferme, ce 
qu’il prend pour une petite danse lui deviendra beau. 
Ai. Paul Souday se refuse à croire que je n’ouvre jamais un 
journal et que je ne m’abonne pas aux agences. C’est pourtant 
vrai. Alais certains articles s’imposent, on nous les apporte, on 
nous les affiche. 
Apres l’affichage, comment voulez-vous que comptent pour 
moi le respect de la critique, la politesse mondaine, ta crainte que 
Temps ou Nouvelle Revue Française me houspillent. Vu 
ma posture, houspiller veut dire : pousser l’acrobate. Or je travaille 
sans filet. Je dois donc me défendre et, si possible, prendre Les 
devants. 
Sensible ? Non. Notre cerveau est une figure de boxeur. 
Plus que sensible ? Oui. Un malaise mortel m’accompagne.
	        
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