Full text: 4(1922), février = Nr. 25 (25)

CRITIQUE GÉNÉRALE 
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de la vie de Jésus, son histoire du peuple d’Israël donnaient corps à la 
religiosité de son époque et flattaient le goût qu’elle marquait pour la 
notion hégélienne du " devenir " et de l’évolution darwinienne. D’autre 
part son impuissance d'imagination créatrice (voyez la faible affabula 
tion de son roman Patrice et de ses drames philosophiques et comparez- 
la à la sécheresse de l’invention chez Voltaire) lui interdisait l'accès de 
la littérature. 
J’entends M. Guignebert se plaindre dans un “ avertissement” à sa 
Vie cachée de J édité que le public cultivé en reste aux conceptions de 
Renan et qu'il dédaigne les « résultats acquis depuis vingt ans par l'exé 
gèse évangélique ». Je suis plein d’admiration pour la science de M. 
Guignebert et pour la concision et la clarté avec lesquelles il a exposé 
les "derniers résultats delà science”, comme on a coutume de dire. A le 
lire, j'ai revécu avec une joie mystique huit semestres de théologie, et 
plus enclin à la Polémique qu’à l’Irénique, je suis prêt à batailler avec 
lui sur plusieurs problèmes dont il soulève les pesantes données avec 
une élégante légèreté. Mais je crains que nous ne soyons seuls à nous 
chamailler et que notre " rabies theologica” ne fasse pas recette. 
Le public s’émeut médiocrement aux discussions sur la date réelle du 
début de l’ère chrétienne. (Saviez-vous que J.-C; est né quelques années 
avant J.-C., et qu’un moine ignorant —ils le sont tous depuis Voltaire 
— nous a trompés là-dessus?) Il y a quelque quarante ans, cette question 
de calendrier eût provoqué autant de tapage au Collège de France que 
la fameuse épithète d’" homme admirable ” dont Renan gratifiait Jésus- 
Christ. Aujourd’hui, bien qu’un seul chapitre de M. Guignebert renferme 
plus d’hérésies qu’il n’en aurait fallu pour brûler tous les collaborateurs 
de l’Encyclopédie, son cours, — cours en Sorbonne, s’il vous plaît — 
ne sera ni suspendu ni supprimé. 
Cependant M. Guignebert a raison: il y à de l’artifice dans Renan, 
parce qu’il est un vulgarisateur (dans le beau sens du terme) et parce qu’il 
est un artiste. Mais il ne faut pas lui en vouloir d’avoir fait de la littérature 
en travaillant sur un objet qui est pour les uns de science, et pour les 
autres de foi. Car, si on a mis en prose soignée ou en vers les sanglots, 
le paradis, l'amour, le diable et son train, pourquoi n’aurait-on pas jeté 
la grâce d’une langue transparente et délicate sur la vie d’un * 1 homme 
admirable ” ? On peut lire dans un Æoniteur de la fin du xvni e siècle
	        

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