Full text: 4(1922), février = Nr. 25 (25)

CRITIQUE GÉNÉRALE 57 
POÉSIE ET SENTIMENT 
Le romantisme, ami de la ; ^confusion, réussit presque à faire ces 
deux mots synonymes : poésie et sentiment évoquaient un semblable 
délire, une capitulation devant la faveur du cœur. L’amoureux était 
poète et le poète amoureux. En dépit du “ bonnet rouge au vieux dic 
tionnaire " certains sujets s'imposaient à l'exclusion des autres — Et 
la teinte sentimentale devint couleur poétique. 
Le public en est encore là. Un " vague à l'âme" lui paraît avant- 
coureur nécessaire de l'inspiration, et bien des malentendus découlent 
de cette analogie sans fondement réel. Le sens de la vie moderne, tout 
naturéllement découvert par quelques artistes, ne peut échapper com 
plètement à la foule, mais en lui reconnaissant un caractère de grandeur, 
elle lui refuse la vertu de l'émouvoir. Concevoir une beauté préétablie 
empêche d'accueillir celle qui naît tous les jours. 
Or, les rythmes de l'art sont plus capricieux encore que ceux de 
l'histoire. Toute création dans notre domaine suffocant certains paro 
xysmes ou certains raccourcis, les actions et réactions s'effectuent en 
violence et sans beaucoup de mesure le plus souvent. Un purisme suc 
cède à une licence et tout " esprit nouveau" s'offre comme un remède. 
Combattre l'intoxication du passé étant le premier devoir de qui veut 
s'exprimer dans son propre langage, le novateur fait toujours figure 
de convalescent au régime. Au sortir de l'orgie, il s'astreint à la diète. 
Les romantiques se complurent aux sentiments excessifs; les 
impressionnistes ne changeaient point de route tout en s'y ménageant 
des perfections plus ingénieuses. A force de subjectivisme, l'équilibre
	        

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