Full text: 4(1922), février = Nr. 25 (25)

MOGANNI NAMEH 
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de misère. Puis, encore une forge... Puis, encore une gare... Quelques 
squelettes d’arbres tourmentés... Et, tout à coup, au milieu de cet amassis 
de bicoques délabrées, coquette et bien assise, étrange, charmeuse, une 
petite église polychrome et barbare, quintuplement bulbée et dômée d’or. 
L’œil s’y arrête, mais le fiacre passe. 
Et c’est soudain, par derrière, dans le dos, une sonnaille clique 
tante, comme une poignée de frimas jetée dans ces brouillards, une 
giboulée de sons, l’envol inattendu de pigeons métalliques, un froissis 
d’airain, l’épanouissement de larges fleurs de passion qui fusent, un bou 
quet lumineux de rêves, de féeries et de fièvres... 
Tout s’éteint, se tait. 
Il grelotte. Le fiacre sursaute. Le bruit reprend. Des gens passent. 
Les réverbères s’alignent, penchés. Et tandis qu’il relève le collet de son 
manteau, il sent bien que c’est fait, qu’il l’a subi le frisson, qu’une petite 
flamme est installée en son cœur, verte comme une flamme de punch 
et qui lui glace le cœur, et qui lui ronge les nerfs : la soumission, le 
résigné de la vie russe.,,, laisser-aller,... tristesse,... fièvre,... malaria... 
— « Cocher, plus vite! » 
Et un grand bruit de train bourdonne sous son front. Il ferme les 
yeux, fatigué du voyage. Des gares défilent. Des lunes passent. Des 
plaines et des forêts tourbillonnent follement. La terre entière bombe, 
tandis que le ciel baisse.. Et c’est un bruit de ferrailles, le cliquetis des 
chaînes, le brounn-rounn-rounn des roues. Des paysages et des visages 
s’embarbouillent de fumée. Des nuées en dérive se brisent autour du 
train. Tout tourne en un vertige épouvanté. Tout est emporté. Un 
cataclysme de l’univers se prépare. Et le train tonne toujours. Il roule. 
Il n’est plus qu’une bouche de feu qui halette, une boule de boue jaillie 
hors des enfers... Le vent se désole et s’agrippe dans les arbres... Le 
train ralentit. Les freins grincent. Des bandes de démons se pendent 
aux tampons. Des chocs et des rebondissements. Les portières claquent. 
Le train s’arrête. Et une femme passe dans un froissis de robes. C’est 
la nuit. Le train est arrêté au milieu d’une grande plaine. Un long
	        
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