Full text: 4(1922), février = Nr. 25 (25)

LES ARTS 
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Ces reproches un peu enfantins n'atteignent nullement l’œuvre de 
Derain qui, parmi celles des peintres contemporains, constitue l'une 
des plus remarquables et surtout des plus durables, parce que si, pour 
parler comme Carra, elle ne se rattache à aucune tradition, elle est 
animée de qualités d'art essentiellement françaises. 
Dans ce livre également M. Carra parle encore de la “ peinture 
métaphysique Or, voilà le point essentiel de la controverse, celui que 
nous eussions aimé voir développé par Carra. Depuis un siècle, la 
peinture s'oriente de plus en plus dans la direction'd’un épurement cons 
tant de sa principale raison d'exister. Le goût contemporain veut que 
la peinture soit de la peinture, c’est-à-dire une nécessité de marier des 
formes et des couleurs suivant des lois plastiques. De ce fait, elle répu 
die l'adjonction de tout prétexte hétérogène, et en particulier laisse à 
l'Académie et à la Sorbonne le soin de régler ce qui concerne la méta 
physique et tout ce qui se réclame de ce terme suranné dont l’objet ne 
répond à aucune nécessité actuelle. 
Maintenant que Carra prétende avec Soffici que c'est en Italie et 
en particulier dans leurs œuvres et celles de trois ou quatre de leurs 
amis qu'il faut rechercher actuellement les traces de la véritable tradi 
tion, libre à lui. Nous ne le suivrons pas sur ce terrain. A tort ou à 
raison, la France est actuellement considérée comme le centre artistique 
du monde tel que le fut jadis l’Italie avec la Renaissance. Or, si la 
Renaissance fut assez puissante pour créer des œuvres dont les éléments 
constituèrent une tradition, nous pensons que les xix* et xx* siècles 
français ont vu et verront naître encore des œuvres telles que leur 
influence déterminera à son tour des éléments traditionnels pour l’ave 
nir. Les grands artistes ne suivent pas de tradition, ils en créent. 
En réalité, le procès qu'intente Carra à la peinture française 
semble surtout un procès de tendances. Je voudrais croire pour lui 
qu’avant de condamner si rapidement l'art nègre et le Cubisme, il a pris 
soin de se renseigner sur les tendances de ces deux moyens d'expres 
sion de la sensibilité; mais je n'en suis pas certain, sans quoi il n'eût 
pas manqué de rendre tout au moins hommage à la conscience de ceux 
qui les ont défendues ou illustrées. 
Maurice RAYNAL. 
(i)" André Derain, par Carlo Carra. Editions Valori Plastici, Rome.
	        

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