Full text: 4(1922), février = Nr. 25 (25)

MOGANNI NAMEH 
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Une pierre décochée en a craquelé le vernis. Au dessus d’une tache de 
rouille, des aiguilles peintes, marquent depuis toujours, midi. Mais il faut 
le deviner. 
Il frappe au volet disloqué de la porte. Des rumeurs lourdes 
s’élèvent comme au bout d’un couloir. Il attend, anxieux, puis, très 
involontairement, tire la sonnette. Un son oublié en tombe, comme à 
regret, qui lui fait mal au cœur. Un pas traîné s’approche, un clip-clap 
endormi de savates. La porte s’ouvre. Un apprenti en sort et le 
regarde étonné, puis se détourne et crie dans l’arrière-boutique : « Mon 
sieur José est là! » 
D’autres pas se précipitent. Une vitre vole en éclats. Dans tous les 
coins, des ombres mauvaises se rechignent. Derrière les toiles d’arai 
gnée, les taches de moisissure tâchent de ne rien exprimer. Une vieille 
horloge se trémousse tout à coup, et, tandis que sa chaîne graille, tous- 
sotte, enrouée, sept heures. Puis elle s’arrête comme pour ne plus jamais 
rien dire. Sur une vitrine, un marteau d’horloger traîne, désolé. Il a 
l’air d’avoir été surpris là, tandis que les autres outils sont bien rangés 
sur l’établi. Ils observent ce qui va se passer, hypocrites, neutres, polis. 
Seule, une pince entr’ouverte, raille. 
Pendant que l’on décharge son bagage, il est entraîné par ceux 
qui, désormais, l’appelleront « frère ». On le pousse. On le bouscule. 
On lui presse les mains. Il traverse une cuisine sombre, trébuche sur un 
matelas qui barre la porte, entre dans l’unique chambre du logis. 
Un divan, des paillasses, couverts de coussins, de draps sales, 
l’accueillent. Une exhalaison de mauvais rêves s’en dégage, la puanteur 
des sommeils bourgeois, farcis de ronflement gras, toute l’infamie de la 
famille, de la promiscuité des pauvres, une odeur rance. Sur la table, 
entre une miche de pain beurrée et des verres non lavés, traînent un 
gilet, une paire de jarretières, une montre d’homme. Par terre, dans un 
coin de la chambre, un corset. Comme il est près de la fenêtre, par une 
déchirure du store baissé, un rais de lumière l’inonde. On dirait un 
phoque assoupi. C’est le seul objet éclairé de la chambre. De l’unique lit,
	        

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