Full text: 3(1921), décembre = No. 6 (6)

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— Elle pue le poisson ! fit avec un vrai dégoût Mme Dali- 
bert comme Poustikette s’installait sur ses genoux. 
— Donnez-lui un bonbon pour faire passer le relent, elle 
en est très friande. N’est-ce pas, mignonne Poustikette? 
— Déjeunerez-vous? demanda Mme Dalibert, se laissant 
aller, d’un geste machinal, à caresser la chatte installée au 
creux de sa robe. La main de la dame était douce, mais Pous 
tikette s’interdisait de ronronner parce que ce n’était pas la 
main du maître et aussi parce qu’il semblait qu’elle eût eu 
conscience d’un accueil malgracieux. 
— Mon ami, reprit Mme Dalibert en faisant un effort 
méritoire pour tout dissimuler d’une rancune ancienne et de 
son impatience toute neuve, je vous demande si vous déjeu 
nerez avec nous. 
— Eh, sans doute ! s’écria Dominique Dalibert tout guille 
ret. Je vais rendre sa visite à ce bon Popinède que j’ai trop 
négligé ces derniers temps... 
Mme Dalibert arqua dangereusement ses sourcils à la chi 
noise. 
— ...Et... et dans une heure au plus tard je serai de retour. 
— Lavez-vous les mains, au moins ! 
— Les... ah! parfaitement... rien ne vous échappe, chère 
Thérèse ! 
Phrosine crut devoir jeter sur cette comédie le rideau lourd 
de sa rusticité : 
— Hi! Hi!... Ah! Monsieur!... Comme on a raison de 
dire que les grands hommes sont toujours distraits. 
Déjà coiffé de son haut-de-forme et prêt à sortir, Domini 
que Dalibert vit apparaître M. Krijanowsky, informé que son 
maître avait enfin rompu sa retraite. 
— Ah! maître!... maître!... mon cher maître!...
	        

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