Full text: 3(1921), décembre = No. 6 (6)

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soir, il conduisit Mme Dalibert à la Comédie-Française. On 
donnait Andromaque .et La Souris, de Pailleron. 
— La Souris... quel drôle de titre, dit Mme Dalibert en 
consultant le programme ; que n’avez-vous amené votre Pous- 
tikette, elle eût peut-être compris. Qu’avez-vous?... Vous 
avez froid ? 
Dominique Dalibert répondit qu’au contraire la salle était 
beaucoup trop chauffée et que le frisson qui l’avait secoué 
était purement nerveux. 
La journée suivante retint le maître à la maison jusqu’au 
soir. Mme Dalibert prétexta d’une migraine pour ne pas 
accompagner son mari à la Salle de la Société de Géographie, 
où le D r Jarjenskold prononçait une conférence sur Y Instinct 
social chez les amphibies des mers boréales. 
Le maître regagna son logis un peu avant minuit. Il usa 
peu de lumière, fut à la salle à manger boire un grand verre 
d’eau et, prenant soin d’éteindre les lampes derrière soi, fut 
s’enfermer dans sa librairie où, par de très doux appels, il 
réussit sans peine à attirer Poustikette. 
Il jeta à la volée son pardessus, son habit, dénoua sa 
cravate et déboutonna son col et, dans cette tenue qui lui con 
férait quelque chose d’un vague bohémianisme, il s’allongea 
sur le divan de cuir où, d’une détente souple de l’échine, vint 
le rejoindre Poustikette. 
Il lui sourit, la caressa, et l’installa bien contre soi, la tiède 
fourrure collée à la noire étoffe et, sans cesser de la caresser, 
de plus en plus doucement, de plus en plus lentement, inclina 
vers le fauve apprivoisé, le petit monstre câlin, les deux grains 
de cassis et toute la face de craie. 
— A nous deux, Poustikette, ma belle!... hé! tu désespé 
rais, ma mignonne?... Tu croyais peut-être que je ne te trou
	        

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