Full text: 3(1921), décembre = No. 6 (6)

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Lettre ouverte. 
Cher Monsieur, 
Les exposants de la salle n° 2 du Salon d’Automne auront 
été les premiers étonnés, j’imagine, d’apprendre qu’ils repré 
sentent toute la « Jeune peinture ». Parmi ces peintres, il 
en est d’ailleurs un, le plus talentueux, qui de temps en 
temps délaisse les gammes sombres dont il a communiqué 
le goût à ses amis, pour des gammes argentées tout aussi 
« modernes ». Il s’agit de Dunoyer de Segonzac, le moins 
sectaire des constructeurs, comme on dit. Si vous l’inter 
rogiez, il vous répondrait probablement qu’il y a au Grand 
Palais au moins quatre salles excellentes où la jeune pein 
ture revêt des habits moins austères. Je n’entreprendrai 
pas la description de ces salles, ni l’exposé des doctrines 
(cachées ou avouées) qu’elles illustrent. Je ne parlerai 
que de la salle n° 7, parce que je connais les aspirations 
des peintres qui y exposent et aussi parce qu’elle a été la 
plus calomniée par une certaine critique, insuffisamment 
désintéressée. 
Cette tristesse de l’œuvre peinte dont vous paraissez si 
ému, on l’a dénoncée également à propos de cette salle 7, 
d’où, au contraire, il me semble que la couleur et la fan 
taisie ne sont pas tout à fait bannies. Franchement, j’avoue 
ne voir aucune trace d’accablement ni de sénilité précoçe 
dans les toiles de MM. Bissière, Gernez, Simon-Lévy — et 
j’ai même cru broyer du noir. En effet si je pense que les 
questions de tristesse ou de gaieté, de laideur ou de beauté 
n’ont rien à voir avec l’art, je n’en ai pas moins, par nature, 
le goût de la couleur et de la grâce, et je préfère peindre 
« aigre », comme disent ces doctes messieurs, que peindre 
« blet ». 
— Oui, mais écoutons la voix « autorisée » de M. Vaux- 
celles : Ces peintres de la salle 7 sont des théoriciens; 
enfermés dans des formules étroites, ils jugulent leur sensi 
bilité et ne nous offrent que de tristes pensums, de couleur 
terreuse et de forme académique; je cours à la salle 2, chez 
les coloristes; suivez-moi — et surtout n’allez pas à l’Aca 
démie Lhote, mais à celle d’en face, etc... Ainsi par un 
miraculeux tour de passe-passe, ce sont les peintres du 
noir qui deviennent les coloristes, et les apôtres d’un art 
conditionné par la sensation (je parle ici des exposants de 
la salle 7), qui deviennent des académiques! 
Comment voulez-vous que je m’attache sérieusement à
	        
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