Full text: 3(1921), décembre = No. 6 (6)

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bâtie s’en mêle, nous avons cette impression d’assister à un 
jeu, à une improvisation joyeuse, et la conviction qu’après 
tout, l’art a toujours tort de vouloir être une contrainte. 
Nina Payne a pénétré le rythme secret et fuyant de son 
époque et l’a dégagé par la vertu d’une lumineuse intui 
tion. Ce qui nous plaît dans sa Femme de 1950, c’est qu’elle 
est vraiment d’aujourd’hui. 
Marcel R A VAL. 
LE THÉÂTRE 
La Danse de Mort, de A. Strindberg 
Ce décor noir et rouge (noirs les murs pauvres, rouge le 
sofa provocant et inutile qui divise en deux la chambre), 
les rafales de vent au dehors, les éclairs qui zèbrent la 
nuit, c’est le lieu d’un cercle de l’Enfer oublié par Dante : 
l’Enfer conjugal, qui maintient deux êtres rivés l’un à l’autre 
par une haine profonde, ingénieuse et insatiable comme un 
amour. 
Nous savions déjà quel regard pessimiste Strindberg 
jette sur la vie et avec quelle âpre ironie il regarde ses 
créatures s’acharner à faire leur malheur réciproque, sur 
tout dans le mariage, là où la société croit avoir reconnu 
les conditions d’un bonheur moyen. Les personnages d’Ibsen 
sont tout occupés d’une idée fixe plus ou moins envahis 
sante; ceux de Strindberg animés d’une folie méchante, 
se défient constamment, s’affrontent dans le besoin de se 
dominer l’un l’autre — les hommes et les femmes étant 
deux races ennemies entre lesquelles il n’est pas de trêve. 
Amour et haine sont presque identiques et interchangeables 
dans cette littérature nordique d’une si rude misogynie. 
La femme n’y est jamais la compagne familière : tantôt 
muse, tantôt furie (plutôt furie chez Strindberg), elle n’ap 
porte nul apaisement par sa présence. Il n’y flotte pas la
	        
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