Full text: 3(1921), décembre = No. 6 (6)

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douceur d’un baiser : on s’y mord, on s’y déchire. Lëa, 
dans les Créanciers fait une scène à son mari pendant qu’il 
a une attaque d’épilepsie. Alice, dans la Danse de Mort pré 
cipite le rythme du Pas des boyards pendant que le ca 
pitaine s’écroule sans connaissance. 
Les Créanciers n’étaient guère humains, certes; mais il 
y a dans la Danse de Mort une cruauté raffinée dans l’ennui 
qui s’exhale de ces médiocres existences que n’allège pas 
l’espoir d’un changement. 
Sans doute l’effet accablant de cette œuvre est-il dû à sa 
perfection dramatique qui dépasse de beaucoup celle des 
Créanciers. Le développement de la Danse de Mort est tout 
intérieur et emprunte le minimum d’effets scéniques. Entre 
les deux époux n’intervient qu’un cousin de la femme, ami 
d’enfance du mari, élément de réaction nécessaire. Une sur 
face unie sous laquelle le drame se dissimule, se disperse 
— semble-t-il — en d’aigres propos quotidiens. Toute l’in 
tensité du troisième acte est obtenue par l’accumulation de 
petites touches dont la somme tout d’un coup nous porte 
au comble de l’émotion. 
Les deux époux dont on avait cru voir finir — ou du 
moins changer — le tourment, se retrouvent, l’amant parti, 
en face l’un de l’autre, vaincus et résignés à continuer en 
semble une existence médiocre où la haine était le plus 
vivace des liens. 
Pourtant les damnés de l’enfer conjugal ont entrevu la 
fin possible de leur misère : dans l’au-delà sans doute une 
vie les attend, meilleure, un purgatoire, car il ne peut y 
avoir d’autre Enfer que la vie actuelle. 
Telle est la pensée du sombre génie de Strindberg dont 
Kurt, l’amant, exprime tout le pessimisme, la misogynie et 
la pitié quand, — interrogé par le mari sur le point de sa 
voir auquel des deux époux il donne raison, — il répond 
effrayé : « Ni à l’un, ni à l’autre... tout de même un peu 
plus à toi; mais j’ai une grande pitié pour tous deux. » 
Emma CABIRE.
	        
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