Full text: Numéro 12 = 1921, Mars (12)

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ÇA IRA ! 
Une révolution se fait avec le 
“matériel humain,,, que nous connais 
sons. Si l’héroïsme du geste, parfois 
emporte la foule vers un acte sublime, 
trop souvent cette même foule se 
livrera aux plus abjects débordements. 
Si parfois elle s’élève jusqu’aux plus 
purs sommets de l’abnégation, d’autres 
fois elle ne cherchera que l’assouvisse 
ment des bas instincts de la bête 
humaine. Osons ne pas fermer les yeux 
devant ces faits et les considérer quand 
il le faut. 
Car l’essentiel n’est pas de dire notre 
rêve d’amour et d'harmonieuse com 
munion entre les hommes, mais de 
démêler ce que les conditions présentes 
permettent de renouvellement. 
Quand un état social en est arrivé au 
point de ne plus pouvoir qu’accumuler 
faute sur faute, quand toutes les institu 
tions qu’il a imprégnées de son essence 
se désagrègent, quand toutes les tenta 
tives pour se resaisir aboutis ent à des 
faillites, c’est que le mal qui le mine n’est 
pas seulement de surface, mais au con 
traire bien profondément ancré en lui. 
La société, qui souffre de ce te gan 
grène, ne connait qu’un seul remède : 
le bistouri révolutionnaire. 
L’histoire nous présente la révolution 
sous deux formes. L’une anodine, la 
révolution politique, se contente du 
changement du régime gouvernemental. 
Les causes profondes du malaise qui lui 
donne naissance continuant à subsister, 
les anciens accrocs ne tardent pas à 
reparaître. Et tout est à recommencer. 
L’autre, la révolution sociale, tente, avec 
trop de rigueur à ses débuts et trop 
unilatéralement — mais rigueur et uni 
latéralité provisoirement nécessaires — 
de rejeter de la structure sociale les 
éléments dont la persistance au-delà du 
terme où ils ont leur utilité, occasionne 
les perturbations. Et elle les remplace 
par des normes nouvelles qui traduisent 
les aspirations des esprits novateurs et 
qui confusément s’agitent dans la foule. 
Et s’il est vrai que bien souvent les 
circonstances obligent une révolution 
à se reservir de formes antérieures 
qu’elle désirait anéantir, il n’en est pas 
moins vrai que, se plaçant à contre-pied 
de l’état précédent, elle donne à ces 
formes désuètes un sens nouveau. Et 
ainsi une révolution sociale, venant à 
son heure, est pour l’humanité un bien 
inestimable. 
Cette heure a sonné. Je ne répéterai 
pas les raisons, énoncées plusieurs fois 
déjà dans cette revue, de cette convic 
tion. Mais j’en appelle à elles pour 
rejeter, du point de vue social, les 
méthodes préconisées par H. L. Follin 
chez lequel l’idée de révolution — essen 
tiellement politique — est censée ramener 
l’harmonie dans les rapports économi 
ques et sociaux. 
Je veux essayer de résumer ce livre, 
Et je ferai abstraction de la personnalité 
de l’auteur qui force l’estime. 
L’auteur suppose le “miracle,, accom 
pli, et qu’un historien tente de récapi 
tuler quelques années plus tard, cet 
événement et les modifications qu’il 
apporta dans la structure de l’humanité. 
Cet historien débute par un réquisi 
toire violent mais juste contre les ten 
dances qui divisaient les hommes au 
commencement du XX e siècle. Il 
stigmatise l’aveuglement des dirigeants 
(de nations et de classes), leur unique 
souci d'arriver et leur insouciance des
	        
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