Full text: Numéro 12 = 1921, Mars (12)

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ÇA IRA ! 
chansons écossaises. Son recueil est préfacé 
par M me la comtesse Mathieu de Noaxilles, qui 
écrit à l’auteur : “Feuillage obscurs, lacs 
foncés, pleines où les troupeaux paissants, 
débordés par l’herbage, n’ignorant pas le cri 
de la perdrix blessée par les chas eurs, rêverie, 
mélancolie, pitié, voilà ce que vos chants font 
pénétrer dans le cœur.,, Ainsi sont peints les 
“lied,, où l’on sent vivre, sans contrainte, l’âme 
populaire, toujours profonde, parfois naïve, 
sans cesse émue par le courage des chevaliers 
ou le fidèle amour des liliales amantes. André 
David a, d’ailleurs, choisi judicieusement, et ce 
sont des ballades héroïques à côté de romances 
joyeuses que nous offre ce petit livre, présenté 
par le maître éditeur Crès avec ses soins 
habituels. W. K. 
★ 
* * 
Les Cahiers du Carmel. Notre parfait 
confrère genevois, Charles Baudouin, nous 
adresse, un peu tard, les deux premiers numé 
ros de ses Cahiers du Carmel, qui sont “conçus 
dans un esprit démocratique et expriment la 
pensée libre avec la plus entière franchise,,. 
Nous nous empressons cependant d’ex 
recommander la lecture à nos amis, qui y 
trouverons la réalisation d’un plan merveilleux, 
au prix d’efforts que nous admirons. La pre 
mière série débuta brillamment par une étude 
philosophique du maître Romain Rolland. 
* 
* * 
Empédocle d’Agrigente du l’âge de la haine. 
L’auteur y trace rapidement un tableau de 
la Sicile où le puissant philosophe Empédocle 
naquit en 492, à Seragas. Il analyse avec la 
clarté qu’on lui connait, l’œuvre de celui qui 
proclamait sans mentir : “Quand j’arrive dans 
les cités populeuses, les hommes et les femmes 
me vénèrent et me suivent en foule ; Ils 
demandent, avides, la voie qui mène au salut ; 
les uns veulent les oracles ; les autres, innom 
brables, que transperce longuement l’âpre 
douleur, implorent la parole qui guérit les 
malades,,, et qui fut le chantre mélodieux de la 
joie par excellence. 
Cette plaquette fut suivie de l’Arche flottante, 
un volume de poèmes, signé Charles Baudouin. 
Grand cœur, âme noble. Artiste, certainement. 
Cette œuvre de guerre, où le poète, mortelle 
ment blessé par le spectacle de la boucherie 
mondiale, se plaint avec résignation de ses 
souffrances, et crie sa soif de justice et de 
paix. Sous chaque syllabe on perçoit la 
douloureuse réalité, et cette arche flottante est 
une action honnête en même temps qu’une pure 
œuvre d’art. 
Citons tout au moins, ce poème qui nons a 
spécialement émue, et dont nous parlions déjà 
au cours d’un article sur les poètes contre la 
guerre : 
ŒIL POUR ŒIL, DENT POUR DENT 
Œil pour œil, dent pour dent. Pour chaque enfant 
qu’ils assassinent en riant comme un homme ivre ; 
Je chercherai un enfant pauvre, un enfant malade, et 
je l’aimerai, et je lui rendrai la joie de vivre. 
Œil pour œil, dent pour dent. Pour tous les yeux 
qu’ils crèvent, j’essuierai des larmes. 
Aux morsures de leur rage là-bas, je répondrai ici 
par des baisers et ce sera mon arme. 
Œil pour œil, dent pour dent. A tous les gestes de 
mort dont je suis entouré. 
Je répondrai par autant de paroles de vie, et je les 
sèmerai dans les âmes que la douleur a labourées. 
Œil pour œil, dent pour dent, et l’amour pour la 
haine, — ce sera là mon talion. 
Ce sera ma vengeance et ma volupté, ce sera ma joie 
de protestation, d’entêtement et de rébellion. 
Obstinez-vous et je m’obstinerai ; répondez et je 
riposterai ; acharnez-vous, j’aurai le dernier mot 
pourtant. 
Œil pour œil. dent pour dent ! Œil pour œil, dent 
pour dent ! 
W. K. 
* 
* * 
JULIEN GUILLEMARD. Le réflex ons 
de Maître Aliboron. (Par's, Figuière. 1919). 
Nous hésitions à croire, en lisant les 
Fariboles de notre confrère havrais Guille- 
mard, que leur auteur réfléchissait beaucoup. 
Aujourd’hui nous avouons notre erreur hum 
blement. Les réflexions de Maître Aliboron, 
qui parurent dans “la Mouette,, sont curieuses, 
intéressantes et témoignent d’une science 
philosophique très suffisante. Ce livre contient 
des pages du plus grand intérêt, et nous les 
avons feuilletées avec plaisir, pendant que 
nous songions à la devise : “On se lasse de 
tout, excepté de connaître,,. 
Ici s'achève le numéro douzième et dernier, de la première série de “ Ça Ira!” Le premier 
numéro de la nouvelle série paraîtra le 1 er juin prochain sur un nouveau format.
	        
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