Full text: Numéro 12 = 1921, Mars (12)

La Littérature cTAvant-Garde en Hollande 
par Théo van Doesburg 
La Hollande est le pays de l’ignorance 
prétentieuse et du conservatisme rigou 
reux. Toute efflorescence nouvelle, 
quelqu’en soit le genre, y est systéma 
tiquement contrecarrée par la journalis 
tique. On n’y est satisfait que lorsqu’on 
est parvenu à exiler les personnalités 
représentatives et d’avant-garde. Nous 
perdîmes ainsi nos artistes les plus mar 
quants (Jongkind, Maris, Israëls, van 
Gogh, Thorn Prikker, Van Dongen, 
Mondriaan). Ils furent forcés de 
développer leur talent et d’obtenir le 
respect de leur art ailleurs, avant 
que l’inflexible Hollande ne les prit au 
sérieux. En littérature il ne fut pas pos 
sible de fuir à l’étranger, pour la simple 
raison, que poètes et écrivains restaient 
liés à leur propre langue. Le terrain 
devait donc être conquis sur le sol natal 
il n’est donc nullement étonnant que 
dans le domaine littéraire la lutte fut 
âpre et qu’elle n’a pas cessé. La cam 
pagne littéraire, qui est encore fraîche 
à la mémoire de la suffisante Hollande, 
est celle qui fut estampillée “le mouve 
ment de ’80„ ou encore “le mouvement 
du “Nieuwe Gids„. En effet. Quelque 
faible que ce mouvement paraisse en 
comparaison avec le combat que l’é 
norme phalange d’avant-garde livre en 
ce moment dans le monde, il fut une 
révolution littéraire réduite aux propor 
tions néerlandaises. Et c’est de cet 
évènement mémorable qu’on se repaît 
encore à présent. Tous les périodiques 
réchauffent constamment l’œuf de ’80 et 
se délectent avidement des débris que 
laissèrent Gorter, Van Deyssel, Kloos, 
Van Eeden etc. 
Or prenez garde que ce mouvement, 
qui se créa un organe:“DeNieuweGids„ 
en 1885 défendait une tendance qui était 
pour ainsi dire déjà périmée en France : 
notamment le naturalisme pour la litté 
rature ; le sentimentalisme lyrique pour 
la poésie. Oui, oui, on se battit plai 
samment pour l’habit littéraire usé de 
Zola, pour la chemise de Keats-Shelley, 
pour une vieille semelle des Goncourt. 
Que se passa-t-il, à vrai dire, lors de 
ce célèbre mouvement hollando-litté- 
raire, littéro-hollandais, de ’80 ? Il fut 
occasionné par l’admiration suscitée par 
les sonnets de Jacques Perk et le tem 
pérament véritablement révolutionnaire 
(romantique) de Multatuli. L’art .de 
Jacques Perk n’était pas original du 
tout, et dans son cycle de sonnets “Ma 
thilde,,, son œuvre la plus réputée, on 
retrouve de nombreuses imitations 
Keats-Shelley. En fait ce n'était guère 
plus qu’un dilettantisme d'étudiant 
amoureux un peu relevé, c’était d’une 
mollesse féminine et d’un sentimenta 
lisme outré. Ceci est en vérité la caracté 
ristique principale de toute cette école, 
qui, basée sur la sensation lyrique natu 
relle, se mouvait dans les bornes d’une 
prosodie surannée. “Mei„ l’œuvre cé 
lèbre de Gorter fut une exception à cette 
règle. Ici il y a vraiment quelqu’un qui 
créa son propre rhythme en rompant 
avec la syntaxe, et qui se chanta avec 
une spontanéité héroïque. Mais ce fut 
seulement avec l’apparition de la figure
	        

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