Full text: Numéro spécial (1er Octobre 1919)

LE CRAP0U1LL0Î 
13 
A la manière d'Adolphe Brisson 
71 la manière du “ Matin ” 
Chronique Cinégraphique 
Cinéma des Batignolles : L'Epouse de la Peur, 
drame en quatre tableaux. 
Ce film est un^bélier lancé à toute vo\ée contre les 
murailles de l’ancienne Morale Traditionnelle. Depuis 
quelques années les ennemis de la Morale se ruent sur 
elle avec rage, ils l’attaquent de front, la criblent de 
projectiles, la déchirent, la crèvent et creusant sous 
ses fondements des mines meurtrières, lui font suer sang 
et eau. 
Il n’est pas indispensable de braquer sur l’Epouse de la 
Peur la loupe d’une analyse à outrance, pour apercevoir 
les bestialités dont elle est, si j'ose dire, mosaï 
quée. La vie n’y est pas comme il conviendrait 
filtrée, décantée, amenuisée et comme reflétée p§r un 
verre dépoli ou aperçue par transparence à travers 
le cristal d’un miroir. Non, il s’agit ici de saper le vieil 
édifice social, ou mieux, de le dissiper, de le raser et, 
si je puis m’exprimer ainsi, de le renverser. 
L héroïne, une pauvre fille sans travail — n’existe-t-il 
pas des bureaux de placement? — a trouvé plus con 
forme aux théories du jour d’ouvrir le bec de gaz de 
sa chambre et d’attendre lâchement la suprême déli 
vrance que la mort ne saurait manquer de lui apporter. 
Mais un voleur, entre deux larcins, parvient à la sauver 
et à l’épouser. Je dois souligner ici l’émotion malsaine 
d’une nuit nuptiale rendue odieuse par la peur de la 
jeune fille, image indécente, impudique et pernicieuse, 
nettement dressée contre la noble institution du mariage 
qu’elle prétend étouffer dans l’étau de je ne sais quel 
sadisme et noyer dans la boue inlâme d’une pornogra 
phie de bas étage. C’a été l’endroit le plus chaud de la 
soirée. Le mari est arrêté par la police, mais la jeune 
'femme ne manque pas d’exercer sa séduction sur un 
fils-d’excellente famille,un garçon dont l’ivrognerie même 
ne laisse pas que d’ctre parfaitement honorable. Elle 
épouse ce jeune homme après avoir de ses propres mains 
tué l’être indigne, criminel sans doute, mais qui n’en est 
pas moins son mari devant Dieu. 11 est vrai que le nom 
de Dieu a disparu depuis longtemps du répertoire con 
temporain ! 
Sur ce schéma se greffent des épisodes naturalistes, 
piqués çà et là d’humanité et qui paraissent exhaler 
une profonde odeur révolutionnaire, ce sont là des 
fruits nouveaux dont on prétend maintenant divertir 
le spectateur en lui apportant le piquant de l’inédit. 
Sans doute me suis-je fait une cuirasse de philosophie 
qu’aucune joute ne saurait déboulonner, à plus forte rai 
son le pli d’une feuille de rose ne saurait-il entamer 
mon épiderme au cours des plus rudes assauts. Mais je 
n’en déplore pas moins qu’au pays de Racine, Boursault 
et Campistron, on ne sache plus fuir la bestialité 
triviale et, s’il m’est permis d’ainsi parler, le liber 
tinage. 
Nos auteurs se sont fait aujourd’hui de l’immoralité 
un tremplin dont ils jonglent, si j’ose dire, un peu trop 
à la légère. 
Adolphe BRISSON. 
Egorgée en écossant 
des petits pois 
Des râles dans la nuit : 
C'est la fille Brousse dite « Bidoche » qu'on assassine. 
Un crime perpétré dans des conditions de sauvagerie 
inouïe et qui rappelle, par certains côtés, les plus tragiques 
exploits des Troppmann et des Vacher, a mis en émoi 
hier soir le paisible quartier des Ternes. 
Il était onze heures du soir environ. M. Dubord Emile, 
âgé de trente-sept ans, débitant 
de tabac, 52, rue Demo-urs, 
mettait les volets à sa devanture 
et se disposait à aller se coucher 
lorsqu’il lui sembla entendre de 
grands cris. « Bon, pensa-t-il, 
c’est le bébé de la fruitière qui 
fait ses dents. » 
La vérité était, hélas ! plus 
tragique. Les cris provenaient 
d’une chambre du cinquième 
étage, occupée par la fille Brousse 
Angèle, dite « Bidoche », âgée de vingt-quatre ans, 
sans profession avouable. Les voisins et quelques 
passants, ameutés par les appels de la malheureuse, 
se précipitèrent à son secours, appréhendant un 
malheur. N’écoutant que leur courage, ils enfoncèrent la 
L’assassin à o ans 
au Collège Stanislas. 
porte. 
Le spectacle qui s’offrit à leurs yeux les fit reculer 
d’horreur. Brousse Angèle râlait sous les coups d’un indi 
vidu à mine patibulaire et à casquette, qui la frappait 
avec une violence incroyable. Voyant sa proie sur le 
point de lui échapper, le bandit, sans hésiter, tira de la 
porhe intérieure gauche de son veston un grand couteau, 
comme en portent les bouchers, et, d’un seul coup, il 
trancha littéralement la gorge de sa victime, qui bientôt 
baigna dans une mare de sang. 
Appréhendé aussitôt, l’assassin fit preuve d’un cynisme 
révoltant : « Ça lui apprendra, » dit il. C’est toute l’expli 
cation que put 
tirer de lui l’actif 
commissaire de 
police du quar 
tier, M. Goujon, 
qui mène l’en 
quête. L’identité 
du meurtrier a 
pu être établie. 
C'est un nommé 
Pomponeau Isi 
dore, soixante- 
trois ans, demeu 
rant en garni à 
Pantin, rue de 
la Voie-Jaune, 31. 
Les renseignements recueillis sur son compte sont 
déplorables. Il devait deux termes à son logeur. 
On se perd en conjectures sur les causes exactes de cet 
horrible drame : Notre enquête personnelle nous a per- 
L’assassin à 21 ans 
pendant son congé au' 182 e à Barbyzon.
	        

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.