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L’ŒUF DUR 
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MAX JACOB 
Très XVIII e 
Né dans une noble famille de Cologne, je me souviendrai 
toute ma vie de la petite grange où je batifolai à l’âge de 
trois ans avec les suivantes de la duchesse, montrant ainsi 
le robuste tempérament que je tenais de mon oncle de Canter- 
bury lequel (intraduisible). Ma mère, née de Plezmœringen, 
descendait de Moringen qui fut favori d’Henri III, succéda 
dans cet office sous Henri IV, Louis XIII ou XIV, de sorte qu’il 
était encore favori quand celui-ci perdit la vie sous le couteau 
qui a découpé la France, sans laisser de descendance mâle, 
de sorte que je suis en réalité le descendant de mon oncle de 
Fortmognon, né Cassel, archiprêtre et président de cour, d’ail 
leurs grand érudit. Cependant mon enfance fut négligée 
bien que j’aie eu presque autant de précepteurs que de nour 
rices, mais ils étaient tous fort laids, si bien qu’à part les mathé 
matiques, un peu de chimie, de danse, d’exercice à l’épée, 
de botanique et de grec, je ne savais absolument rien que ce 
qu’on avait bien voulu m’apprendre ou ce que j’avais appris 
moi-même en puisant au hasard dans la bibliothèque de mon 
oncle qui avait quelques pauvres centaines de volumes tous 
en fort bon latin. Ma mère mourut peu après ma naissance, ce 
qui est bien le plus grand service qu’elle ait pu me rendre car 
elle n’avait plus que deux dents et sentait fort, chose que je 
n’ai jamais pu supporter. Sans parler de ce vieux moine 
toujours ivre, qui m’enseigna plus de menuiserie que de latin, 
j’ai donc eu vingt précepteurs qui ont tous mal tourné, pré 
sageant ainsi la suite de mes aventures. Disons en passant 
que je n’ai jamais su un mot de latin bien que je m’exprime 
passablement en cette langue et que dans ma carrière diplo 
matique j’ai traduit tout Virgile, tant bien que mal, tra 
duction qui serait estimée aujourd’hui si nous avions autre 
chose à la cour que des pédants et des cuistres, à part Palissot 
et Marmontel, lequel a malheureusement disparu depuis 
que la Norvège s’est mêlée de départager la Pologne au 
profit de la Turquie et de l’Autriche.
	        
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