Full text: Ça ira (4 = 1920, juillet)

96 
ÇA IRA ! 
Et puisqu’il faut, si l'on veut être un cœur fertile, 
lutter jusqu’au sommet des âmes idéales ; 
puisqu’il faut, pas à pas, perdre l’espoir, 
défendu jusqu’au souffle dernier ; 
puisqu’il faut s’opposer aux désastres, 
et proclamer la paix des camarades bons ; 
puisqu'il faut, <— tâche noble et sacrifice fou — 
boire la coupe jusqu’au fond, sans répugnance ; 
nous sommes las des vents adverses, 
nous sommes las de geindre trop, 
nous sommes las, nous sommes morts ! 
Cette idée a surgi dans nos cœurs éprouvés : 
partir, et mépriser les efforts inutiles, 
supporter le grouillant affront des foules 
et montrer nos mains maigres, 
nos bras tremblants, et nos fronts pâles. 
Notre devoir est accompli ; mais nous tombons, 
inanimés comme des mouches prisonnières ; 
mais nous cognons nos volontés enthousiastes 
au recul déroutant des horizons ; 
mais nous n’avons plus le courage patient 
et nous cachons notre faiblesse aux indiscrets. 
Pourquoi les trains ne vont-ils pas jusqu’en enfer, 
emportant nos ardeurs et nos regrets ? 
III. 
Tu m’observes avec des yeux désabusés. 
J’ai tenté, cependant, de plaire à tes vingt ans, 
et si mon geste brusque a troublé ton visage, 
je m’en repens avec amour, et te souris. 
IV. 
Sans toi, la ville est vide et ne m’attire pas. 
Tu ne m’as pas tendu tes bras familiers ; 
tu provoquas, par ton silence, ma douleur, 
et j'appelle la nuit pour m’y perdre et gémir.
	        

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.