Full text: Ça ira (4 = 1920, juillet)

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ÇA IRA ! 
La déchéance d Occident 
L’Europe occidentale est en pleine 
décadence. Nul n’en peut douter, s’il 
n’est atteint d'une incurable cécité 
mentale. 
L’Histoire se répète, dit-on. En effet, 
il suffirait d’approfondir les causes qui 
déterminèrent la chute de l’empire 
romain, par exemple, pour voir que 
nous vivons — toutes proportions gar 
dés —• dans les mêmes circonstances que 
les Romains, peu de temps avant l’écrou 
lement de l’empire. 
La décadence. 
Un ordre social nouveau s’élabore, 
et sa naissance sera accompagnée sans 
doute de déchirements atroces, pénibles. 
Cela est-il étonnant ? N'est-ce pas dans 
la douleur que se produit l’enfantement ? 
Entretemps nous vivons en pleine 
décadence. 
A côté, au dessus des malheureux que 
la tourmente a rejetés, voyez l’essaim 
des exploiteurs de la misère populaire 
et des affameurs publics, éclaboussant 
leur entourage de leur luxe efïrené et 
corrompu. 
Et tandis qu’ils étalent complaisam 
ment leurs richesses scandaleuses, le 
peuple, en Italie, crève de faim ; les 
femmes et les enfants, en Autriche, 
meurent lentement d’inanition... 
La cause ? Eternellement la même : la 
guerre. Déclenchée pour briser l’élan du 
socialisme victorieux, elle a frappé 
durement et occasionné de profondes 
blessures. Le Bourgeois est vainqueur, 
car momentanément il a pu refouler le 
flot montant de la révolution. 
Et par suite du bourrage de crânes, 
les peuples, de part et d’autre, ont cru 
combattre pour une cause légitime, pour 
la justice et la civilisation. Et qui oserait 
prétendre, aujourd’hui, que l’harmonie 
promise règne en tous lieux ? Où donc 
est-elle, cette fraternité, cette liberté 
pour lesquelles on s’est mutuellement 
assassinés, et au nom desquelles on a 
trouvé moyen de tuer tout ce que la 
génération future promettait de meilleur? 
D’aucuns parlent encore d’espoir et 
de révolution sociale. La révolution 
sociale est loin, et l’espoir bien près de 
s’évanouir... 
Nous sommes devenu bien, bien 
pessimiste ! En qui peut-on mettre son 
espoir d’une révolution, non politique, 
mais sociale ? Ne comptons point, pour 
le moment, qu’un prolétariat “conscient 
et organisé „ la fasse. Car les masses ne 
sont pas conscientes, chez nous, et elles 
ne sont organisées que parce-qu’elles 
possèdent des syndicats innombrables. 
A quoi se limite-t-elle, l’action syndi 
cale ? Dans nos contrées, elle se borne 
à exiger des salaires chaque jour plus 
élevés, et la réduction des heures de 
travail. Travailler au minimum, et être 
grassement rétribués : voilà le triste idéal 
de nos ouvriers ! Idéal, révolution, 
communisme ? Allez-y-voir ! 
Veut-on un petit exemple de l’inter 
na.ionalism e du peuple ? Oyez : les 
patriotes avaient organisé c’est leur 
rôle — une “ manifestation monstre 
contre le retour des boches „. N’insistons 
pas sur le mauvais goût de certaines 
invectives dont on se plut à faire usage, 
ni sur la bêtise désolante de certaines 
plaisanteries. Croyez-vous que les ou 
vriers se soient — pour le moins — 
abstenus, que le cortège ait passé au
	        
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