Full text: Ça ira (4 = 1920, juillet)

ÇA IRA ! 
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milieu d’une indifférence relative ? — 
Point ! Ceux qui sont destinés à faire, 
un jour, la révolution sociale, agitaient 
des drapeaux tricolores, se passionnaient 
pour des questions d’un nationalisme 
exacerbé ! 
Naturellement les patriotards se 
réjouissent. Nous rageons, c’est clair... 
Ayons la patience d’attendre, toutefois... 
Attendons ; on verra. — 
Entretemps, l’idéalisme des ouvriers 
se borne à vouloir imiter les bourgeois. 
Ils y réussissent mal, car ils n’ont pas 
pour eux l’éducation séculaire. L’ouvrier, 
à son tour, réclame le luxe, non parce 
que celui-ci lui procure certaine jouis 
sance, mais parce qu’il veut, lui aussi, 
éclabousser. Lavons-nous donc les pieds 
avec du vin de Champagne ; faisons la 
lessive en robe de soie ! 
Les grèves pour augmentation de 
salaires ont été très nombreuses. La 
masse, quelque peu consciente de sa 
force de brute, se borne à réclamer de 
l’arqent ; l’idéalisme est loin ! 
Que font les intellectuels, ceux qui 
devraient être à la tête des travailleurs 
pour les éclairer ? Beaucoup déjà 
désespèrent, et rentrent dans leur 
“ tour d'ivoire „. L'appui des chefs 
du parti socialiste ne peut plus être 
escompté : la plupart sont ministre, 
et lèchent les bottes du gros capitalisme ; 
contre eux nous pourrions dresser le 
réquisitoire impitoyable que Trotzky 
dressa contre Longuet et les socialistes 
officiels de France : tous ont faibli quand 
il aurait fallu agir. 
Quelques-uns encore sont debouts 
pourtant qui ne veulent laisser s’éteindre 
l’espoir au fond des âmes. C’est en vain 
qu’aujourd’hui ils tâchent de ranimer la 
soif d’idéal parmi les foules : la misère 
du peuple n’est pas assez noire. — Mais 
un jour viendra... Lorsque l'immensité 
des souffrances aura fait déborder 
“ l'urne trop pleine „, ainsi que ce fut le 
cas en Russie en 1917, peut-être qu’alors 
la conscience du peuple se réveillera ? 
En attendant, on doit accuser le pro 
létariat d’occident d’une veulerie impar 
donnable. Qu’a-t-il fait, pendant que 
l’héroïque peuple russe se sacrifiait 
noblement pour la conquête de l’idéal 
commun ? Lui a-t-il prêté main forte, le 
prolétariat d’occident, si cultivé ? — 
Hélas ! non. Il n’est pas même resté 
indifférent ! Il s’est laissé entraîner à 
lutter contre ces frères qui déjà se 
débattaient parmi des difficultés inextri 
cables, mais qui gardaient intacts pour 
tant leur espoir et leur foi en la victoire 
finale. Et combien respectueusement je 
salue le soldat français qui, le premier, 
déposa l’arme et refusa d’assassiner ses 
frères ! 
La rébellion des équipages de la flotte 
de la Mer Noire est une preuve que tout 
espoir ne peut être perdu. La corruption, 
dans les masses ouvrières n’est pas 
profonde : un peu de souffrance guérira 
la plaie. On peut sans crainte envisager 
l’avenir... 
Et le jour où s’ébranleront les masses 
ouvrières, c’est avec joie que les “tour 
d’ivoire „ se rangeront à leurs côtés. 
Mais on attend toujours... 
Quousque taudem ? nico buntt.
	        

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