Full text: Ça ira (4 = 1920, juillet)

ÇA IRA ! 
111 
Romain Rolland, Louise Bodin, et d’autres 
encore, dont il estime la pacifique nature. 
Enfin, dans un dernier poème, il décrit, scéni 
quement, la pieuse visite qu’il fit à la chambre 
de son ami, Marcel Toussaint-Collignon, un 
jeune poète tombé au champ d’honneur. 
La valeur de ces poèmes est leur inspiration. 
Sous chaque vers, bat un cœur juvénile et bon. 
Si des rythmes sont boiteux, si des phrases 
sont difficiles et, même, dissonnantes, si Noël 
Garnier n’est pas un impeccable artiste, il est 
un véritable poète, et cela suffit à recommander 
son recueil. W.K. 
* 
* * 
Melchisédechj suivi par Symiamire, par 
Emile Dermenghem (La Connaissance, Paris). 
Si l’auteur de ces deux petits romans a voulu 
marquer une préférence envers le premier en 
lui donnant la première place nous ne cacherons 
tout de même pas que la seconde nouvelle 
nous plait infiniment mieux que la première. 
Sans doute Daniel (dans Melchisédech), Axel 
(dans Symiamire) ne sont-ils qu’un seul et même 
personnage. Cela ne nous empêche pas d’ac 
corder à Symiamire une plus grande fraîcheur 
de sentiments et d’idées, et de regretter la 
tenue un peu factice de Melchisédech. L’amour 
est une aimable illusion que les hommes pour 
suivent en dehors d’eux-mêmes, sans jamais la 
trouver, évidemment, et qu’ils laissent lamen 
tablement mourir, comme une plante sans 
soins, en-dedans d'eux-mêmes. Blanche, Axel, 
et même Daniel sont les victimes de ces erreurs. 
Tout a été dit sur l’amour, sur les êtres qui se 
cherchent eux-mêmes dans les autres, comme 
dans des miroirs, mais en même temps tout 
reste à dire, ce qui fait que lorsqu’un auteur 
analyse avec bonne foi et avec talent, les 
éternels sentiments humains, il fait toujours une 
œuvre utile et intéressante. Et lorsque, une 
telle œuvre compte en plus de la finesse dans 
l’analyse, de la justesse dans l’observation, 
comme c’est le cas pour Melchisédech et 
Symiamire, on ne peut que lui souhaiter de 
nombreux lecteurs. M.V.E. 
* 
* * 
La Lueur dans l’Abîme, par Henri Barbusse 
(Paris, Editions “Clarté,,). — Malgré son titre 
ronflant de rhétorique, le nouveau livre de 
Barbusse vaut d’être lu. 
Que de fois ne nous a-t-on pas répété que* 
Barbusse n’est pas un grand artiste et ne le 
sera jamais ! A-t-on raison ? A-t-on tort ? 
Il est évident qu’un livre comme “ Clarté „ 
ou “ La Lueur dans l’Abîme „, considéré au 
point de vue purement littéraire, n’a guère de 
valeur bien haute. Mais il ne faut pas oublier 
que ces œuvres ont un but tout spécial, que ce 
sont avant tout des livres de vulgarisation et 
que l’élément artistique y est forcément relégué 
à l’arrière plan. 
“ La Lueur dans l’Abîme „ est donc surtout 
un ouvrage de propagande et c’est comme tel 
qu’il convient de le juger. Disons tout de suite 
qu’à ce point de vue il peut faire de l’excellente 
besogne, exercer une influence salutaire. 
Le livre est divisé en trois parties bien 
distinctes. Dans “La Fin d’un Monde,, l’auteur 
démasque bon nombre de travers et d’abus 
flagrants, dénoncés la plupart depuis bien 
longtemps, mais qu’il est bon de rappeler à 
certains esprits trop prompts à s’assoupir. La 
seconde partie, “ La Révolte de la Raison „, 
qui veut reconstruire après avoir détruit, ne 
nous paraît guère transcendante. Barbusse 
veut, en quelque sorte, y faire œuvre de socio 
logue, bâtir la “ cité de lumière „ et montrer 
le chemin à suivre ; mais il reste superficiel et 
touche bien rarement le fond de la question. 
Cela a été fait à dessein, évidemment, le livre 
étant surtout destiné à la propagande et 
devant pouvoir “ être mis entre toutes les 
mains „. Et comme conclusion, le livre nous 
donne le programme et l’action du groupe
	        

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.