Full text: Ça ira (4 = 1920, juillet)

ÇA IRA ! 
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Que te feront demain les choses d'autrefois 
Enfonce-toi discrètement dans la nuit brune 
Va, cours, sans regarder les choses que tu vois, 
Et meurs, en trébuchant sur un rayon de lune. 
Et quand Pierrot mourra de n’avoir pas vécu 
Tous les nuages blancs berneront dans leurs toiles, 
Toujours plus haut jusqu’à ce qu’ils ne pourront plus 
L’âme du blanc Pierrot tirée à quatre étoiles. 
Paul NEUHUYS. 
Du vrai et du faux 
Expressionnisme 
C’est chose vraiment amusante que 
de constater la confusion qui règne 
uniformément — même parmi la partie 
la plus éclairée du public — au sujet 
des tendances actuelles de la peinture. 
L’opinion courante se complaît dans 
l’idée qu’à l’impressionisme a succédé 
une multitude d’écoles nouvelles, ayant 
chacune son but propre et bien déter 
miné et se combattant toutes dans un 
chaos inextricable. Aussi ont-elles toutes 
été baptisées de vocables différents, 
généralement mal choisis, et dont le 
nombre et l’obscurité font qu’ils sont le 
plus souvent cités à tort et à travers et 
sans que leur sens exact soit pénétré. 
Ce qui ne saurait d’ailleurs étonner, car 
à l’heure actuelle les termes “cubisme,,, 
“ futurisme „, “ expressionnisme „, par 
exemple, n’ont plus du tout cette signi 
fication précise qu’ils pouvaient avoir 
il y a quelques années, lorsqu’ils ser 
vaient à déterminer les mouvements qui 
s’étaient produits simultanément en 
France, en Italie, en Russie et en 
Allemagne. Aujourd’hui, ces théories 
artistiques — divergentes seulement en 
apparence — ne sont plus que les mani 
festations parallèles d’une même forme 
d’art. 
Ce qui constitue la véritable essence 
de celle-ci, nous avons plusieurs fois 
tenté de le définir. L’expressionisme (si 
nous adoptons ce terme de préférence 
à celui de “cubisme,,, destiné au début 
à n’être qu’un quolibet) ne se borna pas 
à une transformation de la technique 
picturale mais amena un bouleversement 
total dans la conception même que le 
peintre se faisait de son art. A l'artiste 
spontané et inconscient de jadis, dont 
les sens s’émouvaient passivement au 
contact des apparences les plus immé 
diates de la nature, il substitua un être 
humain doué d’une vie intérieure plus 
intense et dont les facultés créatrices 
répugnèrent à se limiter à une vaine 
besogne de reproduction. 
Certains ont prétendu qu’en évoluant 
ainsi, le peintre nouveau sortait de son 
rôle et se fourvoyait dans le domaine 
de la métaphysique. Cette accusation 
est basée sur une fausse compréhension 
du but poursuivi et des moyens 
employés pour y atteindre. Il ne 
s’agit pas pour le peintre moderne de
	        

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