Full text: Ça ira (2 = 1920, mai)

vous remercier jamais des minutes inef 
fables que m’a données la sensation de 
votre génie tourmenté. 
Georges MARLIER. 
Les Poètes contre la guerre 
Le “ Sablier „ édite, sous forme d’an 
thologie, l’œuvre de poètes que “ leurs 
sentiments, leurs idées, et aussi leur 
clàirvoyance ont conduit, sinon à flétrir 
publiquement la guerre, du moins à en 
mesurer toute l’ignominie. „ Ce recueil, 
publié avec soin et orné d’un bois fron 
tispice par notre ami Frans Masereel, a 
été préfacé par Romain Rolland, qui 
caractérise, en quelques lignes, chaque 
auteur et chaque talent. 
La paix morale n’est pas encore en 
nous. Sans nouvelles du monde et 
privés essentiellement de liberté, nous 
avons bu le calice jusqu’à la lie. Nous 
avons pu contempler nos ruines ; nous 
avons vu mener au cimetière mille 
pauvres ; nous avons ou la lâcheté, la 
charité, l’héroïsme, le stoïcisme ; en 
quatre années, les vertus antiques ont 
toutes vécu en nous. Cependant, la 
guerre est finie. Nos musées, nos hum 
bles églises n’ont pas été reconstruits ; 
l’herbe pousse dru où furent enterrés, 
pêle-mêle, les bourgeois d’Aerschot. 
Flandre et Wallonie sont convales 
centes. Elles sortent à peine du piège 
horrible que l’impérialisme mondial leur 
a tendu. La lumière a jailli brusque 
ment. Nous sommes assoiffés d'amour. 
Nous avons trop souffert, nous avons 
trop pleuré, nos cœurs se sont tu si 
longtemps, que l'Amour est notre joie 
et notre consolation. Coudoyant des 
bourreaux et des anges, nous avons bu 
du ciel et mangé de la boue. La guerre, 
que n'avions point demandée, nous a 
meurtris. Nous nous sommes défendus, 
et voulons que pareil assassinat ne se 
commette plus. Nous sommes dégoûtés, 
profondément dégoûtés, de la guerre ; 
nous avons confiance en l'humanité et 
sommes persuadés qu’elle ne laissera 
plus, inutilement, deux peuples, — deux 
hommes ! — se tuer pour la possession 
du sol et la domination des mers. Le 
ciel appartient à tous ; le sol, la mer, 
leur appartiennent. Comme le dit Arcos 
le seul drame est la passion de Ninivers. 
Nous, jeunes que l’on ne voudra pas 
entendre, jeunes qui ne voulons plus 
servir le crime, nous voulons être libres, 
et manger honnêtement notre pain que 
nous accorde notre travail. Et nous ne 
le pourrons qu’en nous aimant, qu’en 
nous tendant les mains, dans un même 
désir de paix. Confondre les cœurs ! 
Nous prévoyons les objections. Sans 
réfléchir, on nous accusera de défai 
tisme ; on nous injuriera cent fois, et on 
nous reprochera l’oubli des morts. 
Nous répondrons. 
Les morts vivent. Ils sont tombés, 
glorieux de sacrifice. Ils se sont offerts 
pour la victoire du bien sur le mal. Il ne 
faut pas que leur sacrifice ait été vain : 
le bien écrasera le mal. Les morts vivent 
en nous ; nous honorons les cadavres 
avec enthousiasme; nous nous inspirons 
d’eux pour défendre le bien. 
Les morts sont tous d’un seul côté ! 
Ils symbolisent notre douleur. Aux 
vivants de symboliser notre amour. 
Nous sommes sourds aux injures. Les 
défaitistes sont ceux qui insultent aux
	        

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