Full text: Ça ira (2 = 1920, mai)

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ÇA IRA ! 
Et l’égalité ne sera pas un nivellement 
vers le bas. La nature répugne à ce 
nivellement ; nulle part en elle, il ne se 
trouve réalisé. Notre égalité signifie : 
possibilité de vie humaine pour chacun, 
plus d’exploiteurs et plus d’exploités, 
plus de goinfres crevant d’indigestion 
et plus d’affamés. Mais les plus grandes 
facultés seront reconnues, et l’intellec 
tuel, l’artiste, délivré du souci de gagner 
sa croûte quotidienne, pourra créer les 
œuvres qui feront de la civilisation 
nouvelle la plus grande qui fut. 
Et comme tout ce qui se réalise porte 
en soi les prémices de sa fin, n’oublions 
pas ceci : que le communisme n’est pas 
le stade final du développement de 
rhumanité. Comme le capitalisme, bien 
tôt, va prendre fin, ainsi, dans un avenir 
très éloigné, peut-être, le communisme 
sera renversé. Il arrivera un temps où 
ceux qui pensent comme nous le faisons 
aujourd’hui, seront appelés réaction 
naires, où de jeunes ardeurs rêveront 
d’un ordre social nouveau. Que sera- 
t-il ? Aucun de nous ne le saura jamais. 
S’il peut être profitable de songer 
parfois à ces choses, propres à réfréner 
notre vanité, il est dangereux de s’y 
complaire. Notre volonté d’agir s’en 
trouve réduite. Or un avenir prochain 
nous réclame, et nous nous devons 
à lui. Paul.manthy. 
Au moment de mettre sous presse, nous apprenons 
la mort de Dr. H. W. Ph. E. van den Bergh van 
Eysinga. Maintenant que toutes les énergies sont 
nécessaires pour l’édificution de l’Humanité nouvelle, 
cette mort d’un des meilleurs combattants, d’un des 
plus purs et des plus clairvoyants, nous laisse appau 
vris. Nous honorerons le mieux la mémoire du 
disparu en tentant de faire notre la foi qui l’animait, 
en tentant de réaliser le rêve magnifique qu’il tissait. 
P. M. 
Fragments 
Notre époque a son classicisme, com 
me le 17 e siècle eut le sien. Disons le : 
SON classicisme et non le classicisme 
d'il y a cent ans. Les professeurs, affir 
mant encore que la beauté réside dans 
la langue et l’esprit de nos ancêtres, 
sont de mauvais prophètes. Nous 
savons que Corneille, Molière, Racine, 
etc., ont produit des merveilles. Nous 
sommes les derniers à contester leur 
force. Leur œuvre a amené notre 
œuvre ; notre œuvre, ainsi, en amènera 
d’autres. Donc, le classicisme contem 
porain n’est pas “ l’anthologie des meil 
leurs morceaux de la littérature „ que 
conseillent les conseils d’enseignement 
perfectionné. 
La littérature est l'expression de son 
temps. Les temps évoluent; la littérature 
évolue. 
Nous ne nous préoccupons pas de ce 
qu’elle est durant les périodes de tran 
sition ; une condensation de principes 
courus, un affluent d’idées banales et le 
triomphe des incompétences. Elle pré 
pare, cependant, l’avènement des dieux 
futurs; 
Les dieux présents ne doivent plus 
être défendus. Leur labeur constitue 
notre classicisme. Notre époque est de 
mouvement. Nous avons une extraordi 
naire rapidité d’existence. Electrique, 
cinématographique, trop fiévreuse est 
notre journée. D’ailleurs, machinale. 
Du lever au coucher, nous sommes 
aéroplanes et machines à écrire ou cal 
culer ; le moindre de nos gestes est 
automatique ; notre cerveau également. 
Et pour permettre à ce cerveau le repos 
créateur, nous accélérons notre exprès-
	        

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