Full text: Ça ira (2 = 1920, mai)

ÇA IRA ! 
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orgueilleux, et sacrifie sa vie pour ne pas 
abandonner ce fou qui se joue et joue aux 
autres la comédie de la-mort-qui-vient. Heu 
reusement elle n’a pas perdu grand chose en 
renonçant à l’amour d’Hugues Pradelle qui se 
laisse, un peu trop facilement peut-être, mener 
par une autre bergère. De sorte qu’on ne sait 
pas trop si elle a ou non gâché sa vie. 
Le caractère d’Armand Vautier, le frère de 
Constance, est assez bien typé, mais il est 
dommage que l’auteur ait donné à Hugues une 
aussi piètre figure. 
Le roman se passe dans les environs de 
Grenade, et nous savons gré à Edmond Jaloux 
de n’avoir pas abusé des descriptions. 
Au total, malgré certains défauts — dont 
encore l’allure factice et guindée des dialogues 
— une œuvre qui est une promesse d’autres, 
plus parfaites. M.V.E. 
❖ 
* * 
Le Rêve en croix, par Marcel Raval (édition 
des Feuilles libres). Préface de Georges 
Duhamel. 
Marcel Raval est un jeune homme coura 
geux, qui nous présente quelques poèmes 
“ amers, cueillis de la seizième à la dix-huitième 
année „. L’innocence, la justice, l’amour se 
partageaient son cœur. Loin des foules, il 
chantait son rêve. Mais l’heure tragique avait 
sonné. Devant le carnage il s’est recueilli. Il a 
senti ses idées vieillir, et son front se rider. Il 
s’est insurgé, avec un violent désespoir, contre 
le meurtre de son âme Pourquoi, dit-il aux 
hommes, “ avez-vous exténué ce petit mot : 
vie ? „ Sa détresse lui fait écrire : 
Je voudrais être mort ce soir. 
Puis, sa voix s’apaise. Il a changé. Il pense 
aux morts. Il n’ose même pas tuer un papillon 
qui s’est buté contre sa vitre ; il pense aux 
champs de bataille, où l’on a 
....tué quatre millions 
de papillons ! 
— et qui avaient une âme ! 
Et cette promesse : 
Je voudrais gravir un calvaire 
et souffrir haut, à mes deux tempes, 
la couronne de patienée 
et des baisers de flamme sur mes nerfs, 
nous fait bien augurer de ce premier élan. Sauf 
un abus d’adjectifs et une mythologie mise 
trop à contribution, ce petit livre est bon. 
W.K. 
* 
* * 
L'équipe, par Francis Carco (Emile Paul 
frères, Paris 1919). 
Nous connaissons surtout Carco par son 
beau roman “ Jésus-la-Caille „ paru jadis au 
“ Mercure de France „. On pourrait dire que 
“ L’équipe „ livre écrit dans le même ton, y 
fait suite quelque peu, 
Si Bourget est le prototype du fade roman 
cier de salon, le psychologue superficiel du rut 
des petites jeunes filles riches, si Richepin est 
le faux poète des gueux et Rictus le vrai, 
Francis Carco est sans contredit le chantre 
divin de la racaille, le véritable Homère de la 
“ glorieuse crapule „. 
“ Jésus-la-Caille „ et “ L’équipe „ sont de 
véritables épopées : c’est la geste des apaches 
de Paris. On y apprend à connaître un peu le 
genre de vie des souteneurs et des bandits du 
Boulevard de Clichy ; car il faut bien dire que 
novs ignorons presque tout de la vie de ces 
apaches des faubourgs, cambrioleurs impéni 
tents, constamment guettés, mais rarement 
“ pincés „ par les “ flics „. 
Dans “ L’équipe „ Carco nous conte la vie 
du Caqitaine, sombre voyou aux allures sus 
pectes. Son “ équipe „, sous ses ordres, pille 
en pleine sécurité les maisons des bons bour 
geois, et sans remords assassine les habitants, 
si le besoin s’en fait sentir. Et après chaque 
expédition, combien douce la vie oisive dans 
les bars et les bals des faubourgs ! 
Il nous est donné également d’assister à une 
sinistre joute entre le Capitaine et son compé-
	        
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