Full text: Ça ira (2 = 1920, mai)

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ÇA IRA ! 
de la guerre les pires privations, ce 
peuple ne se voit-il pas réduit encore à 
une pauvreté sans bornes ? De faux 
socialistes — mauvais bergers — se 
sont mis à sa tête et veulent le conduire, 
lentement et sûrement, vers un nouveau 
triomphe de l'oppression et l'établisse 
ment, définitif peut-être, de la domina 
tion bourgeoise. 
Mais d'aucuns ont veillé : la Vérité 
ne s'enterre pas ainsi ! C'est en vain 
qu'on assassina les hommes les plus 
noblement désintéressés ; c’est en vain 
que, tour à tour, tous ces grands amis 
de l’Humanité furent lâchement égorgés. 
Liebknecht, Eisner, Haase, Landauer.... 
tous immolés pour assurer la ruine de 
la Révolution Sociale ! 
Ç’aura été en vain, pourtant, car 
toujours il en restera, de ces cœurs 
nobles, (une tête coupée en fait renaître 
mille) et c’est, Messieurs les Socialistes 
Réactionnaires, ce qui fait votre déses 
poir impuissant et votre sourde colère. 
Et déjà vous serez aux ordures depuis 
longtemps et oubliés quand resplendira 
la gloire de ceux qui ont voulu tout 
sacrifier, tout, jusqu’à leur vie, tout, 
pour sauver l’Humanité croupissant 
encore dans la barbarie.... 
Le Grand Jour est proche, frères 
d’Occident, camarades du monde 
entier, notre grande sœur, la “ Sainte 
Russie „ a donné le signal de l’avène 
ment d’un ordre social nouveau. C'est 
le peuple le moins cultivé d'Europe qui 
le premier a sonné les cloches. Et 
d’autres suivent, d'autres suivront.... 
Adeste, fideles, laeti, triumphantes ! A 
l’Est, le ciel se colore de rouge : le jour 
va poindre. Le règne de la Nuit est 
clos ,* c’est l'ère de Lumière qui va 
commencer. 
Nico BUNT. 
Elégies 
i. 
Tu es allée seule vers l'obscurité, 
ne voulant pas l'appui de ma présence. 
Maintenant que la porte est fermée, 
et que ton pas est seul à résonner 
au loin, 
je ne peux plus me résister, 
et ma gorge est ardente, et je souffre, 
et je pleure tant, 
et j’ai plus mal encore, 
parce que je pleure tant et qu'on ne 
Ma douleur est unique ; [l’entend pas. 
d’autres s’en gausseraient, sans doute, 
et jè souhaite le silence de la nuit 
pour que mes pleurs soient miens jalou- 
et que le mal s'apaise [sement, 
dans l’abandon. 
D’ailleurs, les pleurs sont vains, 
les pleurs sont lâches ,* 
les pleurs, 
dont ma douleur 
use mon cœur, 
me leurrent, 
et je suis fou 
de tout souffrir, de tout aimer, de tout 
si la révolte de mes sens, [haïr, 
et si mon âme — car j’en ai une 1 — 
font rire le prochain. [anéantie, 
Que m’importent les cris de désespoir, 
le choc des foules, 
les soirs lugubres qui entourent ma de- 
lorsque je ris, [meure, 
et que je n'ai plus mal ?
	        
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