Full text: Ça ira (6 = 1920, septembre)

ÇA IRA ! 
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autant de netteté. La réalité sociale est 
évidemment celle qui se vérifie le mieux : 
aussi la révolution sociale est-elle la plus 
fréquente. La réalité ethnographique est 
largement enracinée: aussi l’histoire 
nous en fournit maints exemples si celui 
des Irlandais ne suffît pas. La réalité 
politique, par les conséquences qu'en" 
traîne son mépris, a provoqué quelques 
révolutions aussi. Mais nous n’avons 
pas encore vu la révolution (si décisive, 
pourtant) qui dressera les peuples pour 
la reconnaissance de la grande réalité 
économique du libre-échange, sur la 
quelle seule un équilibre peut s’obtenir. 
La révolution est un appel à la réalité 
lancé au gouvernement par le peuple, 
qui ne se contente pas d’une formule 
comme les journalistes, mais qui veut 
adapter un programme politique à cette 
réalité essentielle. Dès lors un boule 
versement plus ou moins superficiel, 
c’est à dire plus ou moins sain, est 
inévitable. 
* 
* f * 
C'est ainsi qu’à l’intérieur de chaque 
pays, la nécessité d’un programme n’est 
pas moins impérieuse que dans l’ordre 
international. Car s’il n’en a pas, le 
gouvernement capitulera successive 
ment devant tous les groupes turbulents, 
composera avec toutes les résistances 
sentimentales, et n'avancera pas sur la 
voie de la justice et de cette prospérité 
sociale qui est la seule intéressante et la 
seule équitable. Il subira le prestige de 
l'accident militariste, la dictature du 
capitalisme avec toutes les compromis 
sions et toutes les malfaisances qu’elle 
entraîne (diplomatie secrète, protection 
nisme, impôts indirects), la tyrannie des 
opinions et des cultes, l’électoralisme. 
Il sera l’esclave des évènements, c'est 
à dire des passions, dont il renforcera la 
puissance néfaste, sans rien construire 
de durable. 
Car, qu’on le veuille ou non, la réalité 
commande que le capital, sans lui im 
puissant, cède au travail une partie de 
ses bénéfices ; — que l’homme dont le 
travail est la seule source de profits, ne 
paie ni directement ni indirectement 
aucun impôt, et que le revenu seul soit 
taxé, progressivement, selon son impor 
tance, et sans ménagements ; — que la 
porte soit ouverte entre tous les pays ; 
— que le peuple n’ignore rien des déci 
sions qui le lient ; — que le parlementa 
risme soit aboli et que les Chambres, 
composées d'omniscients, soient rem 
placées par des commissions de tech 
niciens élues à court terme et pour 
l'examen d’un cas ou d’une série de cas 
déterminés ; — que la liberté individuelle 
soit pleinement respectée et, par consé 
quent, que soient abolies la conscription 
et les armées. Bons ou mauvais, selon 
les appréciations, — selon les sentiments 
et les intérêts, surtout — il faudra bien 
qu'on accepte ces principes. Mais ils 
sont si mal menés par les évènements, 
que seule je crois, une révolution pourra 
les vivifier. Comme quelques-uns d’entre 
eux sont du domaine social ou politique 
il est probable d'ailleurs, que cette révo 
lution (je l’ai dit plus haut) sera prochaine 
et impitoyable, — l’illusion transformiste 
étant morte — et nous veillerons à ce 
que les réalités économiques ne soient 
pas méconnues. 
* 
* * 
Tout s'enchaîne. 
Il faut un programme. Celui-ci ne peut 
être que le triomphe et la reconnaissance
	        

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