Full text: Ça ira (7 = 1920, octobre)

dait rapidement et toutes les bêtes à 
cornes tournaient de l’œil. 
Le sacrifice de Guimauve avait acquis 
une influence considérable sur les masses 
paysannes. Les paysans sont enclins à 
la superstition; ils sont admirateurs de 
ceux qui résistent vaillamment à la mort’ 
Mimi aussi défendait l’instituteur. 
Elle, devint la mascotte des masses 
paysannes. Dans sa prison, Guimauve 
cherchait un moyen de conjurer la peste. 
Grâce à l’épreuve à laquelle il s'atreig- 
nait depuis quelques temps il avait pu 
expérimenter certains phénomènes ani 
maux. Il avait mangé du cheval, du 
chien et de la vache. Il finit par décou 
vrir la formulé d’un sérum propre à 
combattre la propagation du fléau. 
Il écrivit une carte postale à son ami 
le vicaire de l’église paroissale de St 
Gédéon, pour lui annoncer sa décou 
verte. Ce dernier était gravement 
suspecté de nicolaïsme et de simonie. 
Guimauve céda ses bottines au geôlier 
pour qu’il consentît à couler la carte 
dans une boîte aux lettres. 
Les masses paysannes environnèrent 
la lucarne de sa cellule aux cris de : 
Amnistie! Amnistie! 
Le maire était sérieusement compro 
mis. Il avait tenté de restaurer l’ancien 
usage de la ceinture de chasteté. 
Mimi l’affirmait à qui voulut l’entendre 
et même avait permis à un de ses anciens 
flirts de regarder par le trou de la ser 
rure. Ce fut un scandale. L’opinion pu 
blique avait évolué depuis que Guimauve 
avait tenté delà troubler, par des manœu 
vres révolutionnaires. 
Tout le monde répétait : “ Ce Gui 
mauve est une bonne pâte, et le maire 
n'est qu’un veau. „ 
Un matin tous les paysans assemblés 
devant la prison, mirent un genou en 
terre et entonnèrent l'alleluia. 
Guimauve bénéficiait d’un mandat 
d’élargissement. Le maire en creva de 
dépit. -v 
Ce fut la dernière victime de la peste - 
bovine. PAUL neuhuys. • 
Un jardin ridicule comme une grosse 
commère attifée de soieries voyantës 
— des dattiers niçois, des cactus, végé 
tation mièvre perdue sous la masse des ! 
des grands arbres du nord. ' ' i 
Ce soir — des lumières factices, Ver 
roteries scintillantes, bien humaines. 
Là-haut, une lune romantique, 
Ici, caroussel vivant, papotages, rires,' 
idioties; on tourne, on tourne — “mon 
vieux...—“crois-tu,, — “ Bête...,, idioties, 
rires, papotages; on retourne, sous les 
•yeux clignotants des lampes; 
un kiosque, centre du tourbillon — 
des hommes habillés de couleurs salés 
soufflent, tapent, raclent; 
un autre, doré sur tranche, veut sou- * 
ffleter un non fictif et n’y parvient pas, ; 
— Cacophonie qu’on appelle musique. 
Des êtres accoutrés en brigands effa 
rouchent de vagues silhouettes trotti 
nantes. 
— Les castagnettes des feuilles 
frémissent au fil du vent. — 
Deux grands yeux francs qui regar 
dent quelqu’un; et puis, des mots — 
des mots sans suite peut-être — 
à quoi pense-t-on? 
les yeux disent-ils autre chose que ces 
vaines paroles ?
	        
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