Full text: Ça ira (7 = 1920, octobre)

J 
ÇA IRA ! 
N i -— - 
Les jeux de la chair et du cœur, par Ray 
mond Colleye, Masque par Joris Minne (Edi 
tion Lumière). 
Chacun connaît Raymond Colleye, le 
directeur de Y Opinion Wallonne. Chacun a 
lu ses pamphlets. Colleye est un homme dan 
gereux, dit-on. Colleye veut perdre le pays en 
le 1 divisant* Ainsi, Colleye fait sa réputation. 
Mais peu de gens connaisent Colleye, le poète. 
Il nous est un plaisir de leur présenter cet hom 
me à tempérament fougueux, mâle, ardent, qui 
crie sa pensée sans vouloir jamais en atténuer 
l’expression et dont la sincérité déroute souvent. 
Car nous nous sommes donné un code de 
savoir-vivre tel que l’hypocrisie est une poli 
tesse. Nous n’osons plus être francs... Raymond 
Colleye a osé. Et son amour, ses désirs, ses 
voluptés les plus intimes, il les étale. Il ne cher 
che pas les mots qui bravent l’honnêteté. Il 
déclare. Son verbe est toujours net. 
Ce n’est pas de l’affection. 
Ce n’est pas de la crudité. 
C’est de la santé exhubérante et une passion, 
de la vie qui encourage. Autant les rapports 
du poète à sa femme sont-ils pareils à éeux du 
mâle et de la femelle, autant sait-il de vocables 
légers qui bercent la bien aimée, et la caresse-t- 
il de vers doux comme un zéphir. 
Raymond Colleye ne sera pas applaudi par 
la masse; mais les encouragements d’une mino 
rité lui suffiront et satisfairont ses ambitions 
d’artiste. W.K. 
* 
Hendrik Conscience en de Opkomst der 
Vlaamsche Romantiek, par Eug. de Bock 
(Anvers “ De Sikkel „). 
Il est malaisé de porter un jugement impar 
tial sur l’œuvre du célèbre écrivain flamand : 
son incomparable popularité lui fait tort, la 
plupart du temps, auprès du public lettré, qui 
trop souvent lui dénie toute valeur littéraire. 
A ce point de vue, le livre d’Eug. De Bock 
constitue une précieuse mise au point. En effet*, 
pour saisir toute la portée de l’effort de Cojn- 
science, il importe de tenir compte des cirpon- 
stances extraordinairement adverses qui s’op 
posèrent à ses premières tentatives : c’est ce 
que de Bock a fort bien fait, en une rapide 
esquisse de la période qui suivit la Révolution 
de 1830. A ce moment, les premiers romans de 
Conscience constituaient un acte doublement 
révolutionnaire, tant à cause de leur audacieux 
romantisme qu’en raison de l’emploi subversif, 
de la langue flamande. C’est cette généreuse 
vertu novatrice qu’il s'agit de ne pas mécon 
naître. 
de Bock nous guide ensuite longuement, 
mais de façon attachante, à travers l’œuvre 
touffu du romancier, analysant avec une rare 
objectivité les défauts et les mérites de chaque 
ouvrage. En même temps il nous trace un vi 
vant portrait de l’écrivain, sobrement esquissé, 
sans faux sentimentalisme. Tout le livre est 
d’ailleurs dépourvu de cet agaçant lyrisme qui 
semble être de rigueur lorsqu'on parle du “père 
de la littérature flamande,,, mais on y sent 
constamment une émotion contenue dont fré 
missent les moindres pages. 
Eug. de Bock nous a certainement donné 
une des meilleures monographies qui aient 
paru sur Conscience. G.M. 
* * 
De derde Nacht, par Frank van den Wijn- 
gaert (Edition Lumière, Anvers). 
Présentement l’art s’apparente à un snobis 
me bien porté. Flatter un chroniqueur écouté 
et suivre ses conseils suffit pour se forger sans 
peine une réputation. Il est de toute urgence 
de s’opposer à cette modé odieuse. A cause 
d’elle, les jeunes fronts cachant des mondes 
nouveaux sont condamnés au vice ou au suicide. 
“Tristis usque ad mortem amœnitatis.,, La 
beauté ne se musèlepas, heureusement. La mode
	        
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