Full text: Ça ira (7 = 1920, octobre)

ÇA IRA ! 
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l’unité humaine. Comme tel il est la base 
d’un culte de l’homme, le signe d'une 
tendance générale humaine vers la joie 
et le bonheur, la reconnaissance de 
l'amour comme étant la force vitale de 
l'humanité. Mais en même temps le 
communisme est une lutte sans merci, 
contre les forces qui empêchent l'unifi 
cation de l’humanité : la bourgeoisie et 
tous ceux auxquels le bandeau de l'idé 
ologie bourgeoise obture encore les 
yeux. Avant que l'unité humaine puisse 
être réalisée éclatera encore une fois 
toute l'amertune de la haine de l’homme 
contre l’homme, d’une classe contre une 
autre classe, comme l’âpre froid pique 
et écorche le plus aigrementpeu avant que 
le soleil réchauffe généreusement la terre. 
Le prolétariat ne peut échapper à 
cette contradiction entre le but et les 
moyens, entre l’être du communisme 
comme idéal et ses formes de combat, 
c'est â dire entre son aspect d’Eglise 
triomphante et d’Eglise militante. Si dès 
le début le communisme porta en lui 
cette contradiction, elle ne devint toute 
fois brûlante que lors de l’éclosion de la 
Révolution Universelle. Et elle ne 
pourra être résolue avant que la révo 
lution ait accompli son cours triomphant 
sur la terre. 
Cela signifie-t-il que la masse souffran 
te et combattante devra attendre la 
nouvelle beauté après laquelle elle sou 
pire, jusqu’à ce que ce long chemin soit 
parcouru? Que le prolétariat devra 
rester muet durant tout ce temps et que 
le bonheur de recréer ses immenses 
efforts en harmonie idéale lui sera refusé? 
Non : cela signifie seulement que l’art 
du communisme militant représentera 
non pas la multiple harmonie encore à 
naître, mais bien, en formes idéales, cette 
contradiction intérieure vraiement tragi 
que, afin que le pathos de cette repré 
sentation élève la masse au dessus de ce 
que la vie a de blessant et de tourmen 
tant, au dessus de la douleur et de l’im- > 
pureté de la vie quotidienne. Comme la 
lutte révolutionnaire, par les sacrifices 
illimités qu’elle exige, les désirs infinis 
qu’elle éveille, les flots inouis d'amour 
et de haine qu’elle soulève, purifie le 
le prolétariat de la lâcheté et de l’égo- 
isme de la mesquinerie bourgeoise et de 
toute défaillance, cette lutte réveillera 
dans le prolétariat l’aspiration à la réno 
vation de la douleur, des passions et des 
désirs par la beauté. Le créateur de l'ère 
nouvelle sentira la nécessité d'être haussé 
au-dessus de sa propre activité. Il sentira 
la nécessité de calmer son cœur brûlant 
tout â la fois d’amour et de haine, d'adou 
cir la douleur torturante qui le harcèle 
par le spectacle de ses forces et de ses 
actions poussées au sublime. Il désirera 
ardemment vivre encore une fois la sau 
vage grandeur de ces temps purifiés par 
le souffle de la beauté et participer, 
dans cette revivance à la partie la plus 
noble de l’âme commune ; se confondre 
avec l’Image, l’Idée du Prolétariat 
Universel. L’effort social et l'élévation 
intellectuelle, la conscience des pouvoirs 
infinis de l’homme et de la sainteté de 
la vie, le besoin d'une purification et 
d’une régénération par l'art : voilà les 
forces qui au temps de la révolution pro 
létarienne renouvelleront l’art drama 
tique. 
Pour que ces forces puissent se dé 
ployer il faut un commencement de 
victoire. Cell-ci seule garantit l'indépen 
dance intellectuelle et donne des loisirs,
	        
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