Full text: Ça ira (10 = 1921, janvier)

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ÇA IRA ! 
iémèmaà 
pour l’un ou l’autre est une question de 
tempérament. (Bien entendu pour les 
intellectuels — car pour les autres c’est 
une question de Sénifice : quel état 
social me rapportera-t-il le plus ?) 
Le communisme n'implique pas chez 
tous ceux qui se disent ses adhérents 
l’acceptation sans réserves des théories 
marxistes. Celles-ci ont — certainement 
— avec leur part d’aperçus valables 
encore, une part d’affirmations pure 
ment théoriques, ne tenant aucun 
compte des réalités essentielles et qui 
s’effondrent au contact de ces dernières. 
Faire siennes, aveuglement, comme un 
évangile, les apophtegmes de Marx, 
n’est pas une preuve de jugement libre, 
et vouloir en faire, de force, les seules 
bases d’un nouvel ordre social, mène à 
accumuler des fautes qu’un examen 
rationnel, tenant compte de ce qui dans 
l’homme et dans la société n'est pas 
muable, aurait peut-être pu prévenir. 
Et si l’on nous fait remarquer que 
nous n’avons pas le droit, faisant montre 
de semblables idées, de nous dire 
communistes, nous répondrons que le 
nom ne nous importe guère et que nous 
ne nous en couvrons que parce qu’il 
nous semble résumer assez bien l’idée 
fondamentale qui devra régir la société 
à venir. 
Nous croyons être en état de conce 
voir les phénomènes éternels qui dans 
un nouvel ordre social, subsisteront, et 
ceux qui plus spécialement sont le 
produit d’une époque et par conséquent 
n’ont nulle raison de sourire à celle-ci. 
Et comme cela ne change en rien notre 
conviction de l'imminence de la 
Révolution, nous continuerons à nous 
dire communistes. 
Aujourd’hui plus personne ne reste 
indifférent devant l’idée de la révolu 
tion. La masse ouvrière espère d’elle 
de profondes modifications dans ses 
conditions de vie ; le bloc amorphe et 
flasque de la bourgoisie rassemble ses 
dernières forces pour la sauvegarde de 
ses avantages menacés ; les intellectuels 
discutent âprement leur attitude devant 
le problème social. 
Cette discussion met au jour les 
multiples et contradictoires courants 
qui se partagent le monde de la pensée. 
Nous venons de le dire : se décider 
pour ou contre la révolution est surtout 
une question de tempérament. Cela 
n’implique aucun mépris pour la raison 
humaine. On le comprendra aisément 
après cette comparaision : chez l’homme 
religieux c’est le sentiment religieux qui 
met l’empreinte particulière à ses rai 
sonnements ; et nous ne songerons 
jamais à rechercher ceux-ci, là où nous 
supposons que le sentiment fait défaut. 
Mais dans le cas qui nous occupe la 
complexité du sentiment est bien plus 
grande et produit les nombreuses 
nuances devant lesquelles nous nous 
trouvons : depuis la négation de tout 
intérêt devant le problème social, l’apo 
logie des institutions “traditionnelles,, ; 
le réformisme socialiste, jusqu'au dilet 
tantisme révolutionnaire et l’accueil 
enthousiaste du communisme de 
Moscou. 
Et chacune des nuances du sentiment 
social se cristallise en théorie, se pro 
clame la seule vraie, et prononce 
l’anathème sur toutes les autres. Nous 
ne retiendrons que celles qui font 
montre de compréhension quant aux 
exigences de l’heure présente.
	        

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