Full text: Ça ira (10 = 1921, janvier)

ÇA IRA ! 
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L’humanité souffre des contradictions 
inhérentes à elle-même. Vouloir l’en 
délivrer est méconnaître son essence. 
Les contradictions subsisteront ; et ce 
qui nous est seul permis se sont les 
palliatifs. Demain des maux, d’autres 
maux, reparaîtront et nécessiteront 
d’autres remèdes. Dans le moment 
occupons-nous de ceux d’aujourd’hui. 
Les extrêmes s’équilibrent. Mais cette 
harmonie est sans cesse rompue — pour 
se rétablir. Si elle ne se rétablit pas, si 
l’un des facteurs prend une importance 
exagérée, une crise s’annonce. 
Et nous en sommes là aujourd’hui, 
le capitalisme a suscité la crise. Il ne 
peut la surmonter. Logiquement il doit 
disparaître — comme facteur dominant 
— et c’est la révolution communiste qui 
se chargera de cette opération. 
Mais le communisme n'apportera pas 
le bonheur au genre humain, tout aussi 
peu que n’importe quel autre ordre 
social ne rétabliera l’âge d’or — qui 
n’existe que dans les légendes. 
L’intellectuel doit-il prendre une part 
active à la révolution et préalablement 
à l’organisation de celle-ci, ou bien, doit 
il, se confinant dans son isolement et 
réprouvant la violence, se contenter de 
manifester sa symphatie aux masses en 
révolte, pour s’en venir, après victoire 
acquise, prendre sa place de dirigeant ? 
La réponse à cette question ne peut se 
faire unilatéralement dans l’un ou l’autre 
sens. Nous ne sommes pas téméraire au 
point de vouloir établir des règles infail 
libles. Notre désir se borne, le problème 
étant de brûlante actualité, à indiquer 
la voie par laquelle nous pensons 
pouvoir arriver au compromis qui 
s’adapte à la situation. 
L’intellectuel qu ’ un sentiment de 
haute humanité anime, répugne à la 
violence. Durant cinq ans il a combattu 
les horreurs de la guerre des peuples, 
comment pourrait-il maintenant approu 
ver les horreurs de la guerre civile ! Il 
a dénoncé les abus de la domination 
d’une classe sur une autre, et l’ère 
nouvelle débute par la dictature du 
prolétariat. Ces dilemmes l’oppressent. 
S’il se désintéresse de la lutte, il risque 
de voir les foules se livrer à tous les 
excès, celles-ci ne suivant que leur 
instinct de haine pour ceux qui les 
exploitaient et d’avidité de jouissances 
immédiates. Et s'il prend part au combat, 
ne court-il pas le danger d’être poussé 
par les masses bien au-delà du point où 
il voulait s’arrêter ? Et il faut qu’il se 
décide. L’heure est pressante, qui 
demande la collaboration de tous les 
énergies. 
Notre conclusion est celle-ci : nous 
devons nous soumettre à des méthodes 
que nous réprouvons “en elles,,, mais 
qui seules, dans la conjoncture du mo 
ment, ont une efficacité. 
Paul MANTHY.
	        

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