Full text: Ça ira (16 = 1921, novembre)

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Il serait trop long d'énumérer ici toutes les volitions que ce 
déblayage brutal a fait apparaître pendant les années 1914-1918. 
Le Hasard, d'un coup de matraque, abolissait la logique des philo 
sophes et avec elle, toutes les spéculations philosophiques en leurs 
subdivisions : métaphysique, psychologie, etc., avec leurs lois consi 
dérées comme immuables. La bio-chimie pouvait aussitôt noter la 
possibilité des superstructures, de l’électron à l'homme, dans le 
passage continuel de la construction à la désagrégation par l’oscillation 
éternelle de l’équilibre du stable à l’instable. 
La littérature, l’art, y trouve son fondement comme le reste. Et déjà 
en 1917, j’ai avancé cette loi et je l’ai expliquée sous l’angle littéraire, 
en formes de paradoxes, dans ma revue “Résurrection„, et en des 
causeries, à Bruxelles ,“Au Diable au Corps,,, à un groupe de jeunes 
qui, bouleversés (ohé les convaincus et si jeunes encore !) s’attri 
buaient une fiche de consolation en m’appelant “fantaisiste,,. 
Plus tard mes “fantaisies,, furent dénommées bclchéviques et me 
valurent une perquisition -— gendarmes et soldats baïonnette au 
canon -— et une surveillance serrée de la part de la police secrète 
pour devenir finalement dadaïstes. Quelle joie intersticielle ! 
Plus explicitement, j’avançais les vérités suivantes ; — quitte à 
l’esprit, qui n’envisage pas la littérature au seul point de vue du 
Mercantilisme, d’en extraire à sa convenance : — 
1° Les humains ne se ressemblent que par leur dissemblance. Dês- 
lors, chaque individu doit découvrir en lui cette chose, qui le rend 
étranger à — et le différencie de — son voisin ; et aussitôt cet état 
extériorisé en art, il est impossible qu’un tel fasse de la peinture 
comme Cézanne, et un tel du roman comme Bourget ou quiconque. 
2° La description de la nature est facile. L’individu est nature à son 
tour, et il a en lui un terrain inépuisable à découvrir. La nature 
extérieure peut lui servir les éléments propices à la construciion de 
son œuvre. 
3° Les grammairiens ont fait des règles de syntaxe d’après les 
auteurs (oho ! la stabilité de la langue française !). Cette syntaxe ne 
suffisait déjà plus à Stéphane Mallarmé pour rendre ses concepts 
tangibles. Et les mots ont des sens tellement multiples, que pour parer 
plus ou moins à la confusion, le mot propre importe. On arrive ainsi 
à condenser en un mot ce que le phraseur dit en six pages. Cela abolit 
du coup le roman à 350 pages — cette marchandise commerciale ! qui, 
devant être commerciale, perd toute valeur en art. 
On arrive ainsi à conclure sévèrement devant les Paul Bourget, les
	        

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