Full text: Ça ira (18 = 1922, mai)

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ugements décisifs en se passant de temps en temps la main dans les 
cheveux pour que vous compreniez bien que lui... Il y a l'astucieux qui 
profite de toutes les occasions d'écrire pour enduire d’un saint-chréme 
abondant les amis, copains ou relations sur lesquels ilcompte pour 
parvenir. Le premier modèle est si vaniteux qu’il en est ridicule, ce 
qui ne tue jamais, mais maintient le public en bonne humeur. Le 
second est plus dangereux. Il est vrai qu'on peut toujours, lorsqu’on 
n’est pas de son milieu, c’est à dire lorsqu'il vous crache dessus 
(habilement selon les us des frères ignorantins chez lesquels il fut - si 
l’on peut dire - éduqué,), lui ficher sa main sur la figure et son pied 
au derrière. (Car figure ou fessier sont chez lui d’esprit égal). 
On peut encore dans la critique étaler d’autres façons : Ainsi 
l’attitude du créateur qui a conçu une nouvelle façon d’esthétiser et 
qui, par suite, méprise ce qu’on a fait devant qu’il naquit à la pensée. 
Existe encore le bon garçon qui encense avec une égale ardeur tout 
le monde autour de lui et ce type de dégénéré qui barbote avec un 
enthousiasme égal les idées les plus disparates dans le but de s'en 
faire une personnalité. Ce dernier pour peu qu’il ait épousé quelques 
millions, ce qui advient en un temps où le maquereau règne même 
aux marches du trône (républicain) peut parvenir à quelque notoriété 
s’il sait faire croire à ceux qu’il détrousse que la seule admiration le 
mène et que loin d’être une fripouillerie ce n’est qu’un hommage de 
dirimant respect. 
Paul Neuhuys a fait le livre le plus simple et le plus correct qui 
soit. Il n’a pas voulu régler le sort de tous les lyrismes de l'avenir ni 
prétendu révéler des génies en voie d'ovulation ou des talents qui 
révolutionnassent Landerneau. Je voudrais imiter cette dignité et me 
contenter, loin de faire de son livre une étude vétilleuse d’expert en 
corindons imités, d'en dire les qualités et les points dont il m’appa- 
rait qu'ils laissent quelques litiges en suspens. 
Paul Neuhuys est poète, et, ma foi, poète de mérite. Il a donné 
dans “Le Canari et la Cerise,, un volume plein de notations 
délicates et dont le mode d’expression est parfaitement adéquat à la 
pensée ou plutôt à la sensation qui le soutient. Son Orientation de la 
Conscience lyrique est donc une étude qui procède d’une conscience 
subtile des impulsions que subit l’auteur en tant que poète lyrique. 
Pour cette raison qui n’est pas mauvaise, il me semble que Neuhuys 
n’ait pas donné â là musique sa place exacte dans la poésie. Et ce 
n’est point par méconnaissance personnelle de ce fait incontestable 
à mon avis que la poésie est inusique d'abord, mais sans doute par
	        
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