Tout se qui a trait à cet art décrépit et malfaisant me plonge dans la plus mes 
quine des tristesses. 
Je prends du goût à toute sorte de lectures: une „Histoire de la Musique“ m’ob 
lige à un pénible effort. Je rougis de me voir placé dans le louche tableau- 
vivant des faiseurs de bémol. 
Un soir, avant mon coucher, ayant ouvert imprudemment un livre de musique, 
cela dérangea une sorte d’humeur sereine qui m’est indispensable à cette heure 
solitaire et précieuse entre toutes, et me procura, pendant le sommeil succédant, 
une enfilé de rêves obscènes et d’une misère angoissante. Aussi je retins l’ex 
périence, et depuis lors, si j’ai à m’occuper de dièses, j’y sacrifie les heures mé 
dianes de la journée: il me reste ainsi le temps de me refaire la bouche, par 
quelque occupation distrayante et des pensées réparatrices. 
Telle qu’elle est, la musique est un art insensé et immoral; exemple de perver 
sité bourgeoise: art à la disposition de tous les vices. 
Plus odieuse et plus engluante que la pitié, elle accueille dans ses bras non 
seulement la veuve et l’orphelin, mais des foules entières de rénégats et de gens 
maudits. 
Consolation sournoise à l’usage des hommes tarés, de tous ceux qui portent un 
poids sur la conscience, qui ont un cancer dans l’âme, de tous les misérables, 
des soumis, des condamnés-nés. 
Art qui flatte et encourage les pires instincts de la foule: miroir impudique de 
toute l’obscénité d’un monde sans lois ni morale. 
Je souligne les deux épisodes de ma vie qui provoquèrent en moi le plus intense 
et le plus inexprimable dégoût: le premier se rattache à mon enfance, un jour 
que sous l’instigation d’un marmiton sanguinaire et facétieux j’eus scié le cou à 
un jeune oison; le second se rapporte à mon adolescence, un soir que sous la 
poussée d’un allemand mélomane j’assistai à une sorte d’orgie théâtrale où les 
turpitudes sonores de M. Richard Strauss tenaient lieu de débauche. 
Au point surtout où elle en est présentement, la musique est une insulte à la 
dignité de n’importe quel citoyen, aristocrate, bourgeois ou prolétaire, tant soit 
peu honnête et propre dans son linge et dans ses affaires. 
Le charme de l’harmonie est la plus grave atteinte à l’honneur de l’homme libre. 
Parmi les principales causes de criminalité par dégénérescenc il faut placer — 
en premier lieu — la musique: bien avant l’alcoolisme! 
Des populations denses de gens idiots, ignorants, sales, malades, dégénérés, en 
trent dans le Temple de la Musique comme chez eux. Ils s’y trouvent — en 
effet — parfaitement chez eux, car on y célèbre un culte à la portée de toutes 
les plus répugnantes misères de l’esprit: c’est l’Assistance Publique pour tout
	        
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