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LIVRES CHOISIS
X*X*X* : Les Roseaux de Midas.
L’anonyme, de peur d’être découvert, a mis trois mas
ques qui ne l’empêchent pas de crier à tue-tête le peu
d’estime dans lequel il tient MM. Maurice Maeterlinck,
Emile Verhaeren et autres Belges, M. Paul Fort et
autres poètes, Madame de Noailles et autres lieux. Je me
précipite pour le féliciter, mais que vois-je ? Dans les
efforts qu’il fait pour braire contre Baudelaire, Midas
laisse passer le bout de son oreille. Si nous l’y pous
sions un peu, il nous dirait ses goûts, et je gage qu’il
chanterait : Moré — as, Moré — as. Hélas, l’anonyme
n’était qu’un âne.
Louis Chadourne : Le Maître du Navire.
« Et c'est celui qui parle avec le maître du navire. »
Mais ce héros hésite trop entre deux genres, l’artistique
et le fquilletonesque. Il y a bien longtemps qu’iba lu
Jules Verne dont il ne revoit les oeuvres qu’à travers
Huysmans. Le rayon vert ne luit plus que dans ses
lunettes, et quelque soin que prenne ce masque singu
lier de me citer mes auteurs favoris, il ne me touchera
pas, tant qu’il philosophera dans sa barbe sur l’impuis
sance d’aimer, même quand il osera des images aussi
belles que celles die Gustave Aimard, ou quand il attein
dra tout justement le ton des romans de mon enfance :
« Le Cormoran filait à bonne allure ». Tout à coup une
île pousse : je te reconnais, fantaisie. Le lecteur crie
à l'invraisemblance, précisément parce qu’ici l’on oublie
tous les livres pour une histoire merveilleuse qui com
mence à peine qu’elle finit. A ce moment le mystérieux
personnage arrache ses postiches et me montre son vrai
visage. Je l’avais deviné, et son nom qui est sur le bout
de ma langue et que vous ne saurez jamais.