MORT MORALE 
La révolution inquiète la patrie 
Et des gouttes de feu pleuvent sur les balcons : 
Modes, chemiserie, marchands de quai’ saisons 
Teints du sang des cochers ferment leurs batteries. 
On n arrosera plus ; les pavés sont tout blancs 
Et les chiens fouillent les ordures du printemps. 
Aux restes dévastés cjui furent le Pont-Neuf 
Un drapeau sourd et muet dont les plis sont tout neufs 
En silence a conduit tes disciples, Babeuf. 
Dans le Louvre les tableaux incendiés se pourléchent. 
La Tour Eiffel dans l’eau désaltère sa flèche. 
La Chambre est occupée militairement, 
Une automobile grise emporte des dolmans. 
Notre-Dame paraît au creux d’un incendie 
Transparente et coulant comme un sucre candi. 
Au Monl-de-Piété les Rothschild font la queue. 
L’empereur en uniforme est traîne par les cheveux. 
Les matelas crevés sont la langue des murs. 
Les pavés impuissants à panser les blessures 
Ont le cœur plus humain que les graves passants. 
Des supplices chinois place de la Concorde, 
Des bourgeois sont pendus à leurs porte-manteaux, 
On les descend dans la vidange avec des cordes. 
Les moines du Carmel sauvant l’Hostie Divine 
Dans la rue Quincampoix rencontrent la marine. 
Un pensionnat muré est devenu harem, 
Les mères des enfants pleuraient devant la porte. 
On les a. fait saoûler dans un mortel dilemme, 
On a fait boire les fils près de leurs mères mortes< 
Pourquoi tout dire ? un four le Christ est venu. 
Dans la nue sur la ville, il était nu. 
Des anges soutenaient sa couronne, le ciel était fendu. 
MAX JACOB.
	        

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