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DÉPÔT DÉMOBILISATEUR 
Salle d’attente. Seize opérations. 
Record. Une demi-heure en deux heures, et ce cos- 
lume civil qui me gêne. Un miroir carré affecte lui-même 
de ne pas me saluer, d’un sourire entendu. Costume civil, 
vêtu de noir, aurais-je un frère. 
À ses vêtements, l’on voit que l’aveugle ne s’est pas 
regardé dans la glace. 
* 
* * 
Les autos s’avalent l’une l’autre et chassent les pavés 
qui se pressent en foule. Je ne vois plus que les 
pavés. Il y en a sur moi, sur les maisons, sur le ciel, j’en 
ai un sur la langue, j’en ai dans les yeux. Les bœufs tués 
gardent dans l’œil la photographie des pavés qu’ils fixaient 
quand on les assomma. 
* 
* * 
Je marche devant moi, mais « au ralenti » comme au 
cinéma et j’ai pris un bâton, car cela n’en finit pas. Plus 
de temps ni d’espace. Pour ne poser mon pied nulle part, 
il me faudra une éternité. 
Je marche devant moi, comme font les aveugles. 
* 
* * 
Je suis seul comme la Tour Eiffel, et ajouré comme 
elle. 
« La Tour ! » F.L. F.L. F.L. F.L. F.L. A la guerre, les 
ondes hertziennes m’aimaient, et ma main en couvrait le 
monde. Seul, seul. Je n’ai jamais été démobilisé, et les 
passants qui marchent sur mon ombre me font mal. 
Maurice RÀYNAL.
	        
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