Full text: Littérature (4 (1922), 6)

Je connais un repère bien beau. 
On lui ordonne à ce moment d’écrire un poème h 
Nul n'a jamais conquis le droit d’entrer en maître 
dans la ville concrète où s’accouplent les dieux 
il voudrait inventer ces luxures abstraites 
et des plantes doigts morts au centre de nos yeux 
Cœur battant nous montons à l’assaut des frontières 
les faubourgs populeux regorgent de champions 
remontons le courant des nocturnes artères 
jusqu'au cœur impassible où dormiront nos vœux 
Ventricule drapeau clairon de ces pays 
l’enfant gâté par l’amour des autruches 
au devoir de mourir n’aurait jamais failli 
si les cigognes bleues se liquéfiaient dans l'air 
. ' ' v î y~ m * 
Tremblez tremblez mon poing (dussè-je avaler l’onde) 
a fixé sur mon ventre un stigmate accablant 1 2 
et les grands cuirassés jettent en vain leur sonde 
aux Qoyès accroupis au bord des rochers blancs, 
Spont. La Tour. 
Q. — Qui est la tour ? Une femme ? 
R. — Oui, naturellement. 
Q. — Tu la connais ? 
R. — Oui (appuyé, crayon cassé). 
Q. — Est-elle belle ? 
R. — Je ne sais. 
/ 
Q. — A-t-elle d autres qualités ? 
R. — Je ne l'aime pas. 
Q. — Est-elle ici ? 
R. — Oui (crayon cassé). 
1. Plus tard Desnos, en ayant pris connaissance, et toutes réserves faites sur la person 
nalité véritable de son auteur, a manifesté le désir qu’à sa parution dans Littérature il portât 
la dédicace : A Francis Picabia. 
2. C’est à la fin de ce vers que nous avons arrêté Desnos, pensant que le poème que 
dans la demi obscurité nous ne pouvions lire, était fini. Il se prêta de bonne grâce aux ques 
tions qui suivirent et c’est au bout de cinq ou dix minutes que sans transition il écrivit les 
deux derniers vers que nous ne reconnûmes pas tout d'abord.
	        

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