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RÉPÉTITIONS - Paul ELUARD 
(Au Sans Pareil.) 
Il n’est plus temps de s’étonner du silence. La poésie est en 
jeu. Aujourd’hui et demain, je ne sais quel peintre ou quel 
cuistre déclarera que la poésie est morte et qu’il vaut mieux 
songer à autre chose. Un autre jour un marchand de marrons 
décidera que les poètes sont bons à rôtir. Qu’on le veuille ou 
non, la crise de la poésie est aiguë. C’est pourquoi, sans doute, 
le livre de Paul Eluard prend encore plus d’importance et plus 
de gravité. Il est lourd comme un fruit mûr, comme une pla 
nète en feu. 
Dans « Répétitions », on ne découvrira rien d’autre qu’un 
grand poète . Cette pureté déchaînera les pires injures et les 
tristes intrigues. Il n’y a heureusement pas à lutter contre cette 
force magnifique, incomparable. 
Je lis les aventures des nuages, j’entends le langage des 
oiseaux, les déclarations amoureuses des arbres. Le soleil 
passe et je le connais. Et puis voici des hommes, j’aime leurs 
yeux, leurs lèvres tendues, les gestes simples et inconscients 
de leurs mains, de leurs paupières. Tout leur appartient, les 
fenêtres, la rue, les fleurs et les femmes. Leurs vies plus grises 
que le ciel sont liées, les unes et les autres, par d’invisibles fils 
de la Vierge, qui s’évaporent et qui s’envolent dès qu’on veut 
les toucher. 
Peut-on vraiment avoir le courage de résister à ce courant 
de sang rouge ? J’aime le cœur qui bat au rythme de ces vers 
si tendres, si délicatement tendres, si respectueux.
	        

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