Full text: Les feuilles libres (4(1922), avril-mai = No. 26)

UN DIMANCHE A GUICHEN 
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peuses, exubérantes, et familières. Elles ressemblent à un mort quand 
elles sourient ou à un enfant. Depuis 189... pourtant, ô Larché, ces 
dames sont féministes : une institutrice est partisan de l’union libre, une 
autre déclare qu’on doit se passer des hommes, une troisième qu’ils sont 
des esclaves. Ces discuteuses ont offert à la ville une conférence con 
tradictoire; la troisième a été la plus applaudie. M. Hennin, marchand 
de produits chimiques, fait le commerce avec l’Angleterre. La Biblio 
thèque prête aux adultes les œuvres d’Aristide Bruant et le musée s’est 
mis en cave pour ressembler à Cluny. Mais Larché ne désarmera pas : 
(( Voilà un pays qui a une fortune sous la main, dit-elle, il est houil- 
ler! » M. Grouillard a répondu dans son journal par un poème inti 
tulé : (( Pas pour les trésors de l’Oural! » 
Qui n’a pas sa chimère? O ma chimère, j’ai souffert par toi! chimère, 
je t’en veux! qui n’a pas sa chimère? tu m’as forcé à regarder un tiroir 
d’acajou, parce qu’il y a un revolver dedans et les pavés de la rue quand 
j’habitais une mansarde. Quelqu’un l’a dit : « Une bête sur le dos! 
une bête nous fait crier et nous ne savons pas la tuer! « Tords-lui le 
cou! » dit la raison! ah! ouiche! nous regardons ailleurs! le ciel! le 
ciel! le ciel! et la bête profite de notre distraction pour nous dévorer 
le ventre. Songez, vous qui connaissez ma ville, combien tout cela est 
guichantois. Je ne serai jamais, moi, qu’un Guichantois, un paysan de 
Guichen. Non! non! pas de charbon! ne parlez à des chimériques de 
rien autre que de leur chimère. Paris est trop calme dans son activité 
intelligente, assez intelligente par-ci par-là, pour avoir des chimères. 
Pourtant Paris a la Tour Eiffel et la Tour Eiffel, ce rêve sublime 
d’arriver à Dieu, pourrait à la rigueur passer pour une chimère. Voici 
la chimère de Guichen : la marche du (( Prophète » s’envolant d’un 
orchestre profond! Sigurd, dont la musique militaire nous enseigne, 
le dimanche, les refrains favoris enfin vivant! sur les planches d’un 
théâtre! le septuor de Lucie suivant l’archet d’un chef et ses sauterelles. 
Lucie! ainsi M. Lécuel appelle-t-il la Fiancée de Lammermoor pour 
paraître familier avec un chef-d’œuvre. Il aurait appelé Donizetti 
Gaëtan, pour nous tromper de façons analogues. A quoi rêvent nos
	        

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