Volltext: Les feuilles libres (4(1922), avril-mai = No. 26)

LA NOUVELLE 
137 
restituent ce qu’il est convenu d'appeler "le visage et l’âme d'un pays ” 
avec la vision émasculée d'un objectif Kodak. 
L'aventure de Biaise Cendrars déplace autrement d’air. Le poète 
de Du TJTonàe Entier est un voyageur aussi, mais qui ne voit pas 
forcément blanc à Tobolsk et vert en Ecosse. Sa montre marque mira 
culeusement l'heure de tous les cadrans. Il a, partout, l'œil indigène. 
Ce qui fait que cette nostalgie nomade qui l'emporte à travers le Monde 
n'est, dans son œuvre, entachée d'aucun bariolage local. 
xr 
M. Paul Morand, lui, a ce flair du regard, cette intuition féroce 
qui font que devant la multitude des choses offertes à lui comme autant 
de poings fermés dont un seul détient la monnaie rare, il tombe incon 
tinent sur celui-là. D’autres tâtonnent, font s’ouvrir des mains vides, 
diluent leur récit en de stériles approximations.. Paul Morand atteint 
l'œuf, même lorsqu’il danse sur le jet d'eau. La mobilité des apparences 
ne le déroute point, comme l'atteste tout le début de La Nuit Turque. 
C’est un tireur hors-ligne. 
Oui, mais l'auteur de Tendres Stocks, diplomate professionnel, 
cultive une ironie glacée, de fausses turpitudes, un ennui fébrile et des 
démangeaisons sentimentales dans l’ampleur moelleuse de sa pelisse 
internationale. Cette contradiction surprend comme une pièce qui, pile, 
serait un Napoléon lauré et, face, une République. La connivence d'un 
œil rapide et neuf et d’un esprit rompu aux plus périlleuses voltiges, obli 
téré par toutes les violences de la morale étrangère, se prête néanmoins 
pertinemment à la peinture d'une époque stérile, prodigue, vorace et dé 
saxée. Devant les ardeurs mystiques d’une Espagnole anarchiste, 
devant le terrorisme sournois de la Hongrie révoltée, devant la détresse 
russe, la candeur nordique, Paul Morand découvre un jeu de réflexes 
et d'images, une richesse de réactions sensibles que la philosophie du 
cynisme et l'absence de partis-pris sauvegardent des complaisances 
de l'émotion et du lyrisme, fausse monnaie. Entendons-nous. Le 
pathétique de tels tableaux — celui, entre autres, qui nous retrace la 
vie d’un prince russe à Constantinople — vient précisément de ce qu'il 
n'en donne que le " négatif”. Rien n’est plus risible que certain sérieux.
	        
Waiting...

Nutzerhinweis

Sehr geehrte Benutzerin, sehr geehrter Benutzer,

aufgrund der aktuellen Entwicklungen in der Webtechnologie, die im Goobi viewer verwendet wird, unterstützt die Software den von Ihnen verwendeten Browser nicht mehr.

Bitte benutzen Sie einen der folgenden Browser, um diese Seite korrekt darstellen zu können.

Vielen Dank für Ihr Verständnis.