SUR LE CUBISME 
Le mouvement de peinture qui, né il y a quelque dix ans, a été baptisé du nom 
de Cubisme n’est peut-être pas celui qui a le plus étonné le monde ni celui qui, 
après avoir eu le plus d’ennemis a récolté le plus d’adeptes ; mais il est incontes 
tablement l’Effort artistique qui, en étant le plus important de notre époque, y a 
apporté le plus de confusion. 
Cette confusion, dans laquelle on a semblé, au début, se complaire, a assez 
duré. 
Les efforts que chaque artiste tente de son côté pour la faire cesser nous le 
prouvent. 
On sent, de toute part, un besoin de s’entendre et de mieux se comprendre. Je 
parle des artistes, car ce n’est pas seulement dans le public, mais chez les artistes 
eux-mêmes que l’équivoque exista dès le début et qu’elle persiste malheureuse 
ment encore. 
Il n’est pas seulement question des divergences de goût qui existèrent de tout 
temps chez eux et ne cesseront heureusement jamais. 
Mais il est quelques points essentiels qu’il serait peut-être bon d’atteindre et 
d’admettre en commun afin de constituer une base à un art dont beaucoup se 
réclament pour des raisons tout à fait différentes et même opposées. 
Il s’agit cependant d’un art qui par sa persistance et son développement a assez 
prouvé ses raisons et ses droits d’exister. 
L’opinion d’un seul ne saurait certainement mettre tout le monde d’accord ; 
mais il n’est peut-être pas vain de tenter quelques éclaircissements d’ordre géné 
ral, quelques précisions d’ordre particulier utiles en tout cas à trancher une diffé 
renciation nette. 
Les efforts sérieux de certains ne sauraient que gagner à ne pas être confon 
dus avec' les fantaisies plus ou moins justifiées, plus ou moins honnêtes (artisti 
quement) de peintres qui, n’ayant rien à apporter au mouvement, ne sont attirés 
que par le modernisme à outrance quand ce n’est pas par d’autres raisons 
moins avouables. 
Certains ont prétendu dépasser le cubisme qui est l’art en évolution de notre 
époque et, pour en sortir, ils sont revenus en arrière. 
Retombés dans l’art d’imitation en choisissant seulement parmi les plus modernes 
les objets à représenter, ils ont cru solutionner un problème ardu en tournant la 
difficulté. 
Par les titres dont ils étaient obligés de compléter leurs œuvres ils sortaient 
du domaine plastique pour entrer dans un symbolisme littéraire dont la fantaisie 
est, dans le domaine de la peinture, absolument sans valeur. 
Aussi bien, s’il est difficile de trouver des moyens nouveaux dans un art, il n’est 
méritoire que de les trouver propres à cet art et non pas dans un autre. 
C’est-à-dire que les moyens littéraires appliqués à la peinture (et vice versa) ne 
peuvent que nous donner une apparence de nouveauté facile et dangereuse. 
Le cubisme est un art éminemment plastique ; mais un art de création et non 
de reproduction ou d’interprétation. 
Or que peut-on créer en peinture si ce n’est le tableau ; et cette création à l’aide 
de moyens nouveaux appropriés? Les premiers peintres cubistes ont trouvé des 
moyens propres dont ne se sont pas assez préoccupés ceux qui ont marché sur 
leurs traces. Ceux-ci ont pris l’apparence des œuvres déjà produites et ils ont 
fait à la manière avec la prétention de commencer pour leur propre compte un 
art nouveau. Il est temps de s’en apercevoir, car on ferait de cet art profond dont 
on n’a su voir que le côté superficiel un art superficiel. Avec cette désastreuse
	        
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