Autant de portraits pathetiques ou gracieux. C’est Punivers tentaculaire de
Marquet. ©
Il sut le cre&er avec decision, avec ordre et application, moins soucieux de
creer un fait plastique nouveau que de construire et d’organiser ce qui
s’offrait a Ini en un condense significatif de lignes, de couleurs et d’effets.
Kout ce qui vit a tente. Tout ce qui le tenta devint un vaste repertoire
de sensations simples et vives qwil imposa au point de faire decouvrir «un
Marquet» dans tous les lieux de la terre o“ ce nomade tyrannique posa
son regard implacable et amuse.
Il se peut que le souci d’Echapper au servage du quotidien ait &t& chez
Marquet aussi imperieux que la passion de peindre. Il est certain qwil
ne dressa son chevalet que selon son caprice. Et son bon plaisir d’homme
peut expliquer, en partie, Pagrement de son e@uvre et lintensit& des corres-
pondances sentimentales que la puissance d’Evocation du peintre sut Etablir.
On ma pas manque de se demander quelle serait sa place dans la peinture
d’anjourd’hui. Voild bien de la häte a une Epoque on toute classification
est fonction de la mode et on les preseances sont etablies avec des pre-
occupations plus ‚ow moins picturales. .Les qualite&s d’une peinture qui
finissent par ne plus saisir tant elles sont soutenues ne peuvent prevaloir
contre les expedients laborieux. Il se peut que Voriginalite de Marquet,
qui se manifesta par Pabsence de toute originalite de metier, par VPaven
d’une extreme sensibilite et la permanence de sa vision, vertus anachroniques,
contribuent quelque temps encore a priver Marquet du total assentiment
reserve aujourd’hni a plus de devergondage chromatique et plastique. j
Cet esprit sincere et de calme raison savait qw.il courrait ce risque en
cherchant son plaisir moins dans le tumulte des conflits de tendances ou
dans V’approbation des hommes que dans lexercice de sa liberte devant la
nature et la vie. /
GEORGE BESSON
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