Full text: Jeunes peintres Français et leurs maîtres

HENRI MaTIssE est né dans le Nord, au Cateau, le 31 décembre 1869. Il est d’abord 
clerc d’avoué à Saint-Quentin. Mais, en 1893, venu à Paris pour achever ses études de 
droit, il ne peut résister à sa vocation de peintre et entre à l’Ecole des Beaux-Arts. Il passe 
successivement dans l'atelier de Bouguereau qui lui enseigne le modelé en vingt leçons 
et l’art de blairoter les fonds, dans celui de Gabriel Ferrier, puis dans celui de Gustave 
Moreau où il rencontre Marquet, Rouault, Manguin, Camoin et Ch. Guérin. Gustave Moreau 
avait le grand mérite de songer moins à enseigner ses élèves qu’à éveiller leur esprit. Matisse 
eut moins à se louer de l’enseignement de Cormon et des leçons de Carrière. 
Matisse a d’abord peint dans un registre assourdi. Il copiait alors avec frénésie les 
œuvres des musées et ignorait les impressionnistes qui ne lui furent révélés qu’à l’ouverture 
de la collection Caillebotte. C’est au cours d’un voyage qu’il fit en Bretagne en 1896, en 
compagnie du peintre Véry, qu’il décide de travailler sur nature et s’enthousiasme pour 
les couleurs pures. C’est alors qu’il peint cette Desserte, pourtant bien sage, qui fit tant 
de scandale à la Nationale où il avait précédemment connu des succès. La grande exposition 
mahométane, au cours de laquelle il admire les estampes japonaises, achève de le libérer 
de l’académisme. Obligé de gagner sa vie, il travaille avec Marquet à la décoration du 
plafond du Grand Palais. Jusqu’en 1904 il est hésitant. II fait de la sculpture. Il adopte, 
en peinture, la technique divisionniste de Seurat et de Signac. Enfin les toiles qu’il exécute 
à Collioure prouvent qu’il a découvert la couleur pure. C’est au salon d’automne de 1905 
que, devant sa toile Ordre, Luxe et Volupté, dont le titre pourrait servir de programme 
à son œuvre, et devant les peintures rugissantes de Derain, Vlaminck, Rouault, réunies 
autour d’une statue d’A. Marque, Louis Vauxcelles peut lancer son fameux: « Tiens, Dona- 
tello au milieu des Fauves!». Le mot Fauve était adopté au même titre que l’étiquette 
impressionniste. C’est de 1906 à 1911 que datent les grandes toiles de Matisse témoignant 
de son mépris des valeurs aériennes autant que de la modulation des tons: La Joie de vivre, 
La Danse, La Musique, L'Atelier, Les Aubergines, où les joies de la couleur, orchestrées 
dans un espace purement mental, suppléent aux satisfactions de la crédibilité. 
Pendant quelques années, Matisse dirige une académie où affluent des élèves venus 
du monde entier. Déçu sans doute de voir ses élèves s’acharner à faire du Matisse, il déclare 
qu’il faut choisir entre le métier de peintre et celui de professeur. 
Deux voyages qu’il fit au Maroc pendant les hivers de 1911-1912 et 1912-1913 eurent 
dans son art l'importance, pour Delacroix, du voyage en Algérie, mais déclenchèrent moins 
une féerie qu’ils ne lui donnèrent une leçon d'architecture. De 1917 (date à partir de laquelle 
il se fixe à Nice) à 1930, Matisse atteint à la maturité heureuse. Il peint surtout des toiles 
de petite dimension, dont tour à tour les poissons rouges dans un bocal, les tapis bariolés, 
les rideaux de mousseline, les persiennes fermées sur un soleil de feu ou des odalisques 
vidées de toute pensée sont les vedettes. À la suite d’un voyage qu’il fait en 1931 en Océanie, 
Matisse épure encore son art et se laisse à nouveau tenter par de grandes compositions, 
où le jeu qu’il mène avec l’espace offre de nouvelles surprises. 
L’œuvre du dessinateur est aussi importante que celle du peintre et d’une variété infinie, 
qu’il recourre au modelé pour faire vivre les plans, ou qu’il contraigne les formes à s'exprimer 
en surface. Celle de l’illustrateur ne l’est pas moins. 
Matisse, qui semble porter sur son grave visage de professeur en Sorbonne aux lunettes 
d’or, l’image même de la prudence, reconnaît que son art « consiste à arranger de façon 
décorative les divers éléments dont le peintre dispose pour exprimer ses sentiments ». Il compare 
sa peinture à un bon fauteuil qui délasse des fatigues physiques. C’est le seul angle sous 
lequel son art puisse prétendre à l’humain. Car ce peintre, qui aime le luxe, qui adore la 
vie, n’a jamais songé à émouvoir que notre intelligence. 
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