Full text: Jeunes peintres Français et leurs maîtres

LE CUBISME FRANÇAIS 
GEORGES BRAQUE est né à Argenteuil, le 13 mai 1882. C’est dans l'atelier de son père, 
entrepreneur de peinture, qu’il apprend, avec les recettes pour l’imitation du faux marbre 
et du faux bois, ces principes techniques que tant de peintres d’aujourd’hui n’ont pas eu 
le loisir d’éprouver. Il est, pendant un mois, élève à l’Ecole des Beaux-Arts sous la férule de 
Bonnat et de L.-O. Merson. Mais c’est, rue Laffitte, qu’il découvre la peinture avec les im- 
pressionnistes, avec Cézanne. En 1906 et en 1907, Braque manie la couleur pure avec les 
Fauves. Mais il reproche bientôt aux champions de cette école l’état d’ébauche dont ils se 
contentent, et surtout leur obéissance à la réalité. Braque a rencontré Picasso en 1908 et, 
bientôt, sous son influence, peint des paysages dont l’analyse géométrique, la décomposition 
en cubes provoque une boutade de Matisse qui attache le nom de cubisme à la nouvelle 
école. Au sujet prétexte à peindre, Braque substitue la peinture, prétexte à sujet. Pour se 
délivrer de l’obsession de l’objet, il en arrive, par un détour inattendu, à introduire dans 
son tableau des fragments d’objets, titres de journaux, cartes à jouer: papiers collés. 
Pendant la guerre, Braque. qui est l’objet de deux citations, est grièvement blessé et 
trépané. De 1917 à 1930, sans renoncer à la discipline cubiste, son art s’humanise. L’aventure 
se joue entre des objets très simples: un drap vert, un jeu de cartes. une pipe, du tabac, des 
fruits, un compotier, une serviette roulée, un couteau, un verre. On a vu naître aussi, sous 
son pinceau, de 1924 à 1929, des nudités monumentales, plus inspiratrices de grandeur 
que de sensualité. En un autre siècle que le nôtre. Braque eût été désigné pour peindre des 
dessus de portes, des trumeaux. Et quel tapissier il eût été! Avec quelle naturelle majesté. 
dans ses décors pour les Fâcheux de Georges Auric, sut-il évoquer Versailles. Depuis 1930, 
son art est devenu plus abstrait, plus hautain. Bien que sa pensée ne soit accessible qu’à 
ceux qui aiment la peinture pour elle-même, Braque représente par excellence cette qualité 
due à une longue patience et ce goût qui sont les vertus de la France. 
ANDRÉ LHOTE 
ANDRÉ LHOTE est né à Bordeaux. le 15 juillet 1885. Au sortir de l’école primaire. il 
entre à l’Ecole des Beaux-Arts pour suivre des cours de sculpture décorative. Il est ensuite 
apprenti dans une entreprise de sculpture sur bois. En 1908, riche d’une vingtaine de francs, 
il vient à Paris. Il copie, au Louvre, Tintoret et Véronèse. Il découvre l’impressionnisme. 
puis subit l'influence de Gauguin. Plus tard, il comprend qu’il reste à transcrire sur le plan 
plastique ce que l’impressionnisme a édifié sur le plan de la couleur pure. L’hote a souvent 
montré qu'il existe deux cubismes: un cubisme français (bien qu’il emprunte à Picasso des 
moyens issus eux-mêmes de l’architecture cézannienne), dont les représentants furent 
La Fresnave, Delaunay, Gleizes et lui-même, cubisme d’avant guerre, et un cubisme né 
entre 1914 et 1917, inventé par Picasso, cubisme espagnol réduit en formules par Juan Gris 
et par Diego Rivera. Ce qui distingue le cubisme français du cubisme espagnol, c’est qu’il a, 
lui, le souci de l’atmosphère et de l’humain. Lhote assigne deux rôles au peintre: celui de 
regarder la nature, de noter dans des études directes les grandes règles de la vérité contrô- 
lable et celui d’utiliser ces études comme prétextes à développements linéaires et plastiques. 
À une peinture romantique, c’est-à-dire à base de sensations, d’émotion, de perte de la 
conscience, il recommande comme antidote une technique fondée sur le contrôle des sens. 
Inspiration romantique, technique classique. 
Lhote a souvent été tenté par la description du mouvement. Escale règle le jeu d’un 
retour au port, La Partie de Rugby, les gestes de joueurs bariolés. Lhote a peint des portraits. 
des nus d’une belle ampleur plastique, et surtout des paysages. 
André Lhote, qui est un des meilleurs écrivains d’art français (Traité du Paysage, 
Parlons Peinture, La Peinture, le Cœur et l’Esprit, sa collaboration à la N.R.F.) et qui est 
un brillant conférencier, est le plus enthousiaste des professeurs. Son académie de Mont- 
parnasse était, avant la guerre, fréquentée par des élèves venus du monde entier, attirées 
par sa paradoxale intelligence est par l’excellence de ses méthodes d’enseignement. Partout 
où Lhote s’installe, il ouvre une académie. Il en a une à Mirmande, et il vient d’en fonder 
une dans ce village à moitié en ruines, Gordes en Provence, où, dans un nid d’aigle qui fait 
songer à Tolède, il règne sur des paysages qui évoquent Patinir, Breughel ou le Greco. 
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