Full text: Eugène Delacroix - 1798 - 1863

Des les premieres annges, nous dit un de ses biographes, il des- 
sine avec une obstination qui ressemble ä de la fureur. On a retrouve 
recemment ses cahiers d’&colier: ils sont semes de petits croquis 
et dejä l’&criture (j}emploie ce mot dans son double sens, artistique 
et graphologique) etonne par sa decision et par sa fierte. 
«Il avait la passion des notes et des croquis — Ecrit Baudelaire — 
et s’y livrait en quelque lieu qu'il fut.» Le Journal, presque ä chaque 
page, t&moigne de ce besoin profond de tout capter. Ouvrez-le au 
hasard: «Je vais au bord de la riviere et fais un croquis. Je rapporte 
un bouquet de ne&nuphars et de sagittaires (12 aoüt 1858).» Et le lende- 
main: «Je recommence ä la meme heure matinale la promenade 
d’hier. Je m’arre&te devant la fontaine du Bayret pour faire un cro- 
quis que je regrettais de n’avoir pas fait la veille. C’est un des meil- 
leurs du petit calepin que j’ai emporte de Plombieres.» 
Durant sa vie entiere, qu'il füt a Champrosay, ä Valmont, äa Dieppe, 
a Frepillon dans les Pyrenges, qu'il traversät la Belgique ou le Maroc, 
qu'il accompagnät Barye au Jardin des Plantes, visität un musee 
ou passät la soiree chez des amis, Jamais Delacroix n’oubliait d’avoir 
sur lui un de ces l&gers carnets qui constituaient jadis le memento 
de tout peintre actif. II y consigne pele-mele ses observations; des 
croquis alternent avec des notes manuscrites comme il arrive aussi 
dans les albums portatifs que nous ont laisses Millet, Corot, Barye, 
Jongkind ou Boudin. Rien n’est plus vivant que ces livres intimes: 
on passe d’un compte de menage ä la notation d’une forme, du nom 
d’un modele a celui d’une fleur. Ce sont parfois de simples livrets 
de blanchisseuse, des agendas de commerce oüU le genie posa rapide- 
ment ses signes magnifiques. Helas, de nos jours ’habitude semble 
perdue chez les artistes d’avoir sans cesse ä portee de la main, ä 
portee du cceur, au hasard des rencontres, ces repertoire familiers! 
Quand le peintre consent a dessiner, c’est ä heures fixes et pour 
l’eternite& — du moins le croit-il — sur un beau bristol. 
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