Full text: Ausstellung Pierre Bonnard, Edouard Vuillard

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que chose de Degas dans les yeux et le front. C’est là le jeune Vuillard 
qui fréquentait l’Académie Jullian avec Bonnard, Maurice Denis et 
Sérusier. Ce dernier, le théoricien du groupe expliquait à ses compagnons 
les doctrines de Plotin et leur parlait de Péladan, de Wagner, de Paul 
Gauguin qui leur faisait à tous une impression extraordinaire. «Pour 
Edouard Vuillard, écrit Maurice Denis dans ses Théories de 1912, pour 
Vuillard, la crise déterminée par les idées de Gauguin fut de courte durée: 
il lui doit cependant la solidité du système de taches sur quoi il appuie 
le charme intense et délicat de ses compositions». Un autre portrait de 
Vuillard figure dans le Groupe d’artistes peint par Vallotton en 1903 
après les premières expositions faites rue Laffitte, à la galerie le Barc 
de Boutteville et avant celles de Bernheim-Jeune. Vuillard est repré 
senté de face, les mains jointes sur une petite table à serrures de cuivre 
près de Pierre Bonnard. II a le front haut et chauve, les yeux tristes et 
sa moustache tombe en vagues dans sa barbe. 
Edouard Vuillard est un descendant direct de Chardin. Il peint 
toujours les mêmes intérieurs, les mêmes gens, autour des mêmes tables, 
devant une corbeille à pain, une bouteille d’eau minérale et un flacon 
de vin rouge; on y voit un homme lisant le journal après avoir soigneuse 
ment plié et roulé sa serviette, pendant que la maîtresse de maison rec 
tifie les plis de la nappe qui tombe en pointe sur un beau tapis. Vuillard 
aime reprendre un sujet à différentes époques. C’est ainsi qu’il a peint 
le même couple aux diverses saisons de sa vie conjugale. Voici d’abord 
Mme X, avec un grand chapeau 1900 et des manches à crevés, la voici 
lisant, rêvant, se reposant au bord de la mer (premier thème); voici 
M. X. accroupi, songeur, escrimeur, boulevardier, amateur de curiosités 
(second thème). Puis, dans une scène à la Mirbeau, l’on voitM. et Mme X. 
rue de Rivoli. Elle est sous la lampe ayant sur ses genoux des étoffes 
répandues; elle vient de s’arrêter de coudre, assaillie par une idée que 
ses yeux suivent en fixant sans le voir un endroit déterminé. Lui se 
tient derrière elle, le dos appuyé au chambranle de la porte, l’air soucieux, 
une main à la pipe qu’il fume, l’autre dans la poche de son pantalon. 
On sent couver un orage (contrepoint). C’est encore M. X. écoutant 
la T. S. F. pendant que sa femme, debout, se retient au dos d’un fau 
teuil. Enfin, voici les portraits que l’on peut appeler de famille, le couple 
dans sa maturité après les tempêtes, M. et Mme X... occupant chacun 
leur cadre, faisant «chambre à part.» 
Edouard Vuillard est aussi le portraitiste de la société parisienne, 
mais le secret est bien gardé: personne n’en sait rien (demandez à Mon 
tag, qui le connaît bien). Il a peint Claude Debussy, dont la musique 
fait songer à ses nuances, à ses tons papillotants, il a fait le portrait 
de tous les gros personnages, à commencer par Philippe Berthelot. Peut 
être découvrira-t-on un jour que le Paris des chûtes de ministères avait 
son La Tour. C’est néanmoins dans ses natures mortes et ses intérieurs 
que le peintre est le plus émouvant, dans ses toiles qui sont, selon le 
mot de Denis: «des surfaces planes recouvertes de couleurs en un cer 
tain ordre assemblées», des canaieux rompus par quelques tons sourds 
comme ceux des anciennes tapisseries, des naissances de formes dans
	        
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